« On était en pause, et là, dans un coin, il y avait un petit piano droit », raconta-t-il. Il commença à improviser un riff que les musiciens reprirent rapidement. « Allez, on joue ! Et on a joué pendant une quinzaine de minutes », se souvient-il. « Mais l’ingénieur du son continuait d’enregistrer. Il ne nous avait même pas dit qu’il enregistrait. On pensait qu’on répétait le morceau. Puis on a réalisé qu’on avait capturé l’atmosphère du moment et l’esprit du pays. »
Le morceau devint rapidement l’hymne officieux de la lutte pour l’indépendance du pays. « Nous avions créé quelque chose qui s’inscrivait dans la tradition, mais qui était aussi l’affirmation d’une ère nouvelle », confia-t-il.
Après le soulèvement de Soweto en 1976, M. Ibrahim quitta le pays, déclara publiquement son soutien au Congrès national africain (ANC) et commença à participer à des concerts de bienfaisance, jurant de ne pas revenir tant que la démocratie ne serait pas instaurée. Le gouvernement de l’apartheid lui retira sa nationalité sud-africaine. Il s’installa de nouveau à New York avec Mme Benjamin et leurs deux enfants.
Plus tard, il expliqua que même de nombreuses maisons de disques américaines hésitaient à le signer, en partie à cause de ses prises de position politiques. Il enregistra principalement pour Enja, un label allemand qui demeura son principal partenaire jusqu’au XXIe siècle.
À partir de 1981, il dirigea brièvement son propre label, Ekapa (nom xhosa du Cap). Deux ans plus tard, il forma Ekaya, un ensemble de musiciens new-yorkais de taille moyenne qui restera son groupe phare pendant des décennies. Il composa et interpréta les bandes originales des films « Chocolat » (1988) et « No Fear, No Die » (1990), tous deux réalisés par la Française Claire Denis, ainsi que celle de « Tilaï » (« La Loi », 1990), du réalisateur burkinabé Idrissa Ouédraogo. En 1999, M. Ibrahim ouvrit au Cap un centre éducatif appelé M7.