Ibrahim et Benjamin se marient à Londres en 1965 et, la même année, il sort « Anatomy of a South African Village », le premier d’une série d’enregistrements remarqués pour le label britannique Black Lion. « Anatomie d’un village sud-africain » est paru alors que M. Ibrahim était encore connu sous le nom de Dollar Brand, quelques années avant sa conversion à l’islam.

En juillet de la même année, il fit ses débuts américains au Newport Jazz Festival, puis se produisit au Carnegie Hall et au Village Vanguard à New York. L’année suivante, il donna cinq concerts avec l’orchestre de Duke Ellington, et peu après, il passa six mois dans le groupe d’Elvin Jones, le batteur, qui venait de quitter le quartet de John Coltrane.

À New York, il commença à collaborer avec des musiciens à l’avant-garde du « nouveau jazz », notamment Ornette Coleman, Don Cherry et Archie Shepp.

« Mannenberg »

Souffrant de problèmes de santé, il cessa de boire et de fumer, se mit aux arts martiaux et, après un retour au Cap en 1968, se convertit à l’islam, prenant le nom d’Abdullah Ibrahim. Deux ans plus tard, il effectua le hajj à La Mecque. Il vécut un temps au Swaziland, puis retourna vivre au Cap en 1973. Ce retour aux sources, empreint d’émotion, donna naissance à sa composition la plus célèbre, « Mannenberg », du nom du township de Cape Flats où s’étaient installés de nombreux Capetoniens déplacés du District Six.

Porté par un motif de piano à la fois chaloupé et mélancolique, et un doux courant rythmique de goema en arrière-plan, l’enregistrement de « Mannenberg », d’une durée de près de 14 minutes, devint une œuvre fondatrice de l’histoire du jazz du Cap.