Albert Ayler est le prototype à l’état brut de l’artiste maudit; il a vécu dans le rejet,  l’opprobre et l’incompréhension, à la fois de ses pairs et du public.  Plus d’un demi-siècle après sa mort, ses improvisations- « sauts dans le vide, sans filet harmonique ni thématique»- vivifient encore «l’esprit saint» et l’urgence qui l’habitaient.

Les circonstances entourant sa mort, survenue à l’âge de 34 ans, continuent à la fois de fasciner et d’embarrasser.

Cleveland-Europe-New York

Née  au Etats-Unis, à Cleveland, Ohio, le 13 juillet 1936, Albert Ayler fut initié au jazz par son père, Edward Ayler, employé chez TRW (Tjomson Ramo Wooldridge), un des pionniers de l’industrie des missiles et sondes spatiales.

Inscrit au lycée John Adams situé à l’est de Cleveland, Albert Ayler y obtînt son bac à l’âge de 18 ans. Puis, il suivit ses études supérieures à l’Académie de musique  de Cleveland, au même moment que le saxophoniste Benny Miller et le pianiste Bobby Few.

Bobby Few se souvînt de son enfance à Cleveland : « Albert et moi jouions au baseball, en compagnie de son frère, Donald. Nous avions l’habitude de jouer dans des cabarets pour striptease. Nous jouions du Blues. Albert Ayler excellait dans cette matière. Par ailleurs, il était un bon joueur de golf »

Après son service militaire qui lui permit de découvrir l’Europe et rencontrer ses compatriotes expatriés, dont l’un des pionniers du Jazz libertaire, Cecil Taylor, Albert Ayler retourna à New York en 1963. Puis, il retourna dans sa ville natale quelques mois plus tard pour épouser Arlen Benton et donner naissance à une fille, Désirée.