J’ai toujours été un lecteur vorace et j’ai toujours admiré les bons livres. Quand je lis quelque chose écrit par un auteur talentueux, je suis pris d’humilité et, en même temps, époustouflé par cette création particulière de l’art.

On m’avait demandé à plusieurs reprises de me lancer dans l’écriture, mais j’ai toujours hésité, car je savais que je devais d’abord grandir avant de pouvoir écrire un livre. J’ai finalement cédé et j’ai décidé de le faire, car c’était comme un défi. Plus encore, j’ai essayé de revisiter les choses qui se sont passées dans ma vie pour essayer de les comprendre clairement par moi-même. Mon premier réflexe a été de mettre en pages toute « la merde et la folie » que j’ai faite. Je me suis rendu compte que je pouvais écrire un livre divertissant, basé sur un récit qui choque et contrarie les gens, mais il n’aurait pas raconté l’histoire que je voulais raconter.

FLEA sur scène

Mon livre traite de beaucoup de choses, mais en fin de compte, il s’agit de gérer les sentiments de douleur, d’anxiété, de rejet et de solitude afin de les transformer en art. L’alchimie donnée par Dieu que tous les humains, en particulier dans l’art, est d’apprendre consciemment de notre propre douleur et de créer quelque chose de ces expériences qui feraient que les autres se sentent moins seuls.

Chacun de nous n’agit pas dans le bon sens, nous nous sentons tous déconnectés parfois. L’art est le meilleur outil pour nous réconforter ces moments-là.

Tout le monde se bat. J’ai lutté contre mes propres démons et je pense avoir réussi à m’en défaire. Alors peut-être que nous pouvons tous tirer les leçons de notre passé en nous  connectant les uns aux autres.

Jouer de la musique, c’est transformer l’expérience personnelle en une forme abstraite, même si la musique est une chose tangible.

Mais pour être littéralement sincère à propos de la vie, en particulier en ce qui me concerne, mon enfance était non seulement effrayante, difficile à partager avec tout le monde, mais aussi cela demandait beaucoup de travail intérieur, tout un processus pour bien pour en tirer quelque de constructif.

Ce livre ne fait pas que dévoiler son auteur, c’est aussi un énorme voyage de découverte de soi-même. Cela peut être une chose très joyeuse, mais aussi une chose douloureuse et effrayante. C’était comme la façon dont un sculpteur découpe un gros bloc pour en faire un objet digne d’intérêt, qui raconte une histoire dans laquelle les gens peuvent se reconnaitre. C’est ce que j’ai ressenti en écrivant ce livre, comme si j’étais en train de supprimer constamment les parties qui ne lui étaient pas fidèles jusqu’à ce que je me retrouve enfin avec ce livre sur mon enfance. C’est fastidieux à faire.

Quand j’ai commencé à écrire le livre j’ai pensé à mon groupe musicale, « Red Hot Chili Peppers » ; j’ai pensé qu’il serait arrogant d’écrire sur ma vie personnelle, parce que tout le monde a une vie personnelle et une enfance tout aussi attrayante. Alors pourquoi la mienne sera-t-elle si spéciale que je veuille écrire à ce sujet ? Je savais que le groupe était intéressant et que ma relation personnelle et émotionnelle en son sein serait quelque chose que les gens voudraient lire. Mais une fois que j’ai commencé à écrire, j’ai trouvé une vraie beauté dans les choses que je ne comprenais pas. D’une part, mon enfance est derrière moi. Je suis un homme adulte désormais. Je peux donc avoir un certain degré d’objectivité à propos de l’enfance. D’autre part, « Chili Peppers » est toujours là et continue de jouer de la musique. Son histoire est toujours vivante.

Au niveau du style littéraire, ma voix était facile à trouver. J’écris à ma manière, et je sais m’abandonner à cœur et essaie de créer purement et simplement. Très tôt, mon éditeur m’a aidé à trouver le rythme dans l’écriture. Au début j’écrirais beaucoup trop de notes, ce qui ressemblait à un coup de gueule, un peu comme un solo sur un instrument. Puis, mon editor m’a dit de penser au rythme et de faire en sorte que n’importe qui puisse le lire et ressentir une sorte de  groove. Cela a été le déclic qui a résonné en moi. C’est à ce moment-là que j’ai commencé à écrire ces petites histoires courtes qui se sont transformées en chapitres clairs et cohérents. Je me souviens avoir parlé à la chanteuse Patti Smith, qui m’encourageait vraiment à écrire. Elle m’a dit que c’était comme jouer de la musique : « tu dois savoir quand jouer en solo, quand soutenir les autres solistes, quand monter la voix, quand crier, quand te reposer et quand la chanson doit se termine ». Même si l’écriture engageait une toute autre partie de ma créativité, quand j’ai commencé à penser en termes musicaux, cela a donné à ma voix une place pour exister.

Michael Peter Balzary

Ma première attirance pour la guitare basse est venue du petit ami de ma mère, Urban Walter Jr, un musicien alcoolique, junkie et très violent. Je savais ce qu’était la guitare basse et j’adorais la musique quand j’étais enfant, mais je n’étais pas mordu par la chose. Quand j’étais à la maison avec mon père biologique, jusqu’à l’âge de quatre ans, la musique n’était qu’un bruit de fond sonore. Quand nous avons déménagé et emménagé dans le sous-sol de Walter, tout d’un coup, je fus plongé dans une ambiance de bohème, avec sa Fender Jazz-Bass des années 1970 connectée à un petit ampli Ampeg roll-top. Il jouait « cette merde » tout le temps. La première fois que je l’ai vu jouer avec ses amis, cela a changé ma vie pour toujours.

Il jouait de la basse, dans un style bebop ; des lignes dures et oscillantes d’une musique qui irradiait à tous les niveaux, dans tous les azimuts. C’était tellement cérébral, tellement intellectuel et tellement spirituel, tout ça à la fois. C’était une barre haute et intense d’humanité élevée juste devant moi. Quand je les ai vus faire ça alors que j’avais sept ans, je ne pouvais tout simplement pas croire ce que j’entendais. Je me suis roulé par terre. Ne trouvez pas cela drôle. La musique est devenue littéralement partie intégrante de mon enfance. C’était comme si j’avais été envahi par le Saint-Esprit. C’était inconcevable pour moi que mon beau père et ses amis puissent juste s’asseoir et produire une telle chose. C’était comme si le monde s’effondrait autour et que, eux, ils restaient débout

“Après avoir bercé sa guitare basse, Walter l’a attaqué avec une intensité primitive qui m’a secoué. À chaque fois qu’il tirait sur une corde, il cabrait son corps comme un boa extirpant la vie d’un phacochère d’un creusé si profondément ancré dans la jungle…” (page 52)

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