Les jeunes adultes sont beaucoup moins susceptibles que les générations plus âgées de s’identifier à une religion, de croire en Dieu ou de pratiquer divers rites religieux.

Cette fracture générationnelle universelle (I) signifie-t-elle (le début de) la fin des congrégations religieuses(II) ?

La fracture universelle

La baisse de la foi religieuse chez les jeunes adultes dans le monde entier s’est accentuée au cours de la dernière décennie.

Bien que l’écart d’âge dans l’engagement religieux soit plus grand dans certains pays que dans d’autres, il se produit dans de nombreux contextes économiques et sociaux différents – dans les pays en développement ainsi que dans les économies industrielles avancées, dans les pays à majorité musulmane ainsi que dans les États à prédominance chrétienne et dans les sociétés qui sont, dans l’ensemble, hautement religieuses ainsi que celles qui sont relativement laïques.

Par exemple, les adultes de moins de 40 ans sont moins susceptibles que les adultes plus âgés de dire que la religion est «très importante» dans leur vie non seulement dans les pays riches et relativement laïques comme le Canada, le Japon et la Suisse, mais aussi dans les pays moins riches et plus religieux, comme l’Iran, la Pologne et le Nigéria.

Dans de nombreux pays, il n’y a pas de différence statistiquement significative dans les niveaux d’observation religieuse entre les jeunes et les adultes plus âgés. Dans les endroits où il y a une différence, cependant, c’est presque toujours dans le sens que les jeunes adultes soient moins religieux que leurs aînés.

Dans l’ensemble, les adultes de 18 à 39 ans sont moins enclins que les personnes de 40 ans et plus de dire que la religion est très importante pour eux dans la moitié des pays étudiés. Dans plus de la moitié des pays, il n’y a pas de différence significative entre les jeunes et les adultes plus âgés sur cette question. Seulement deux pays – l’ancienne République soviétique de Géorgie et le pays ouest-africain du Ghana – ont des adultes plus jeunes, en moyenne, plus religieux que leurs aînés.

Des schémas similaires se retrouvent également en utilisant trois autres mesures standard d’identification et d’engagement religieux: l’appartenance à un groupe religieux, la prière quotidienne et la fréquentation hebdomadaire du culte.

Dans 41 pays sur 106 pays analysés, les adultes de moins de 40 ans sont nettement moins susceptibles que leurs aînés d’avoir une appartenance religieuse, tandis que dans deux pays seulement (Tchad et Ghana), les jeunes adultes s’identifient sans ambages à un groupe religieux.

Les jeunes adultes sont moins susceptibles de dire qu’ils prient quotidiennement dans 71 des 105 pays et territoires dans lesquels les données sont disponibles, alors qu’ils sont plus susceptibles de prier quotidiennement dans deux pays (Tchad et Libéria). Les adultes de moins de 40 ans sont moins susceptibles d’assister aux services religieux sur une base hebdomadaire dans 53 des 102 pays; l’inverse est vrai dans trois pays seulement (Arménie, Libéria et Rwanda).

Bien que le nombre de pays avec un écart d’âge significatif montre à quel point le désamour religieux est répandu, il ne donne pas une idée de l’ampleur des différences entre les adultes plus âgés et les plus jeunes.

Dans de nombreux pays, les écarts sont relativement faibles. Mais un nombre substantiel de pays ont des différences beaucoup plus importantes. Il existe des écarts d’au moins 10% entre les proportions d’adultes plus âgés et plus jeunes qui s’identifient à un groupe religieux dans plus de deux douzaines de pays – principalement avec des populations à prédominance chrétienne en Europe et dans les Amériques. Par exemple, la proportion d’adultes américains de moins de 40 ans qui s’identifient à un groupe religieux est inférieure de 17% à la proportion d’adultes plus âgés qui sont religieux. L’écart est encore plus grand au Canada voisin (28). Et il existe également des écarts d’âge à deux chiffres en ce qui concerne l’affiliation religieuse dans des pays aussi éloignés que la Corée du Sud (24), l’Uruguay (18) et la Finlande (17).

Le monde devient-il moins religieux?

Le fait que les jeunes adultes aient désormais tendance à être moins religieux que les adultes plus âgés peut avoir de multiples causes. Certains chercheurs soutiennent que les gens deviennent naturellement plus religieux en vieillissant; pour d’autres, l’écart d’âge est un signe que une partie –certes minoritaire mais grandissante- du monde se « sécularisent » (c’est-à-dire devient moins religieuse au fil du temps).

Mais même si certaines régions du monde se « sécularisent », il n’est pas incontestable que la population mondiale, dans son ensemble, devient moins religieuse. Au contraire, les régions les plus religieuses du monde connaissent la croissance démographique la plus rapide, car elles ont des taux de fécondité élevée et des populations relativement jeunes.

Les projections publiées ici montrent que les pays ayant des niveaux élevés d’appartenance religieuse connaîtront une croissance plus rapide. Il en va de même pour les niveaux d’engagement religieux: la croissance démographique la plus rapide semble se produire dans les pays où beaucoup de gens disent que la religion est très importante dans leur vie.

Le nombre de pays analysés varie selon les critères de comparaison. Bien que des données soient disponibles dans la majorité des Etats, le nombre de pays disposant de données fiables sur un groupe religieux particulier dépend de la taille de ce groupe dans l’échiquier national. Par exemple, il y a suffisamment de données pour évaluer l’importance de la religion chez les chrétiens dans 84 pays, et les tailles d’échantillon sont suffisamment grandes pour comparer les réponses des chrétiens plus âgés et plus jeunes dans 78 de ces 84 pays.

Une autre limite est que les mesures de la foi religieuse contenues dans de nombreuses enquêtes à travers le monde peuvent ne pas convenir également à tous les groupes religieux. En particulier, les taux de prière et d’assiduité aux cultes sont généralement considérés comme des indicateurs fiables de pratique religieuse au sein des religions Abrahamiques (christianisme, islam et judaïsme), mais ils peuvent ne pas être applicables au bouddhisme, à l’hindouisme et aux autres religions orientales.

En raison de ces disparités, il est difficile de prendre un engagement définitif sur l’état réel de la foi dans le monde.

Notis©2019

Par Sidney Usher