L’activité cérébrale pendant des heures de travail intensif consomme-t-elle plus d’énergie que pendant les périodes d’inactivité ?

Deux psychologues et neurologues de renommée internationale ont étudié le sujet.

Voici leur réponse :

Pour le professeur Ewan McNay, professeur agrégé à l’Université d’Albany, la réponse est définitivement « oui ». En effet, le cerveau, contrairement à toute autre partie du corps, fonctionne exclusivement avec le sucre et les activités cognitives intenses exigent plus de glucose que les activités statiques.

Lors d’une tâche de mémorisation difficile, les parties du cerveau humain impliquées dans la formation de la mémoire commencent à consommer plus d’énergie ; aucune autre zone du cerveau ne manifestera une telle exigence. «En fait, explique Le Professeur McNay, nous brûlons plus d’énergie au cours d’une tâche cognitive intense que pendant le temps que nous perdons, par exemple, à regarder une émission à la télévision».

Cependant, dans le contexte général de la dépense énergétique du corps humain, la différence de consommation de calories d’une tâche mentale d’un individu à un autre est minime. Pour mettre en perspective la combustion des calories crâniennes, il est utile de comprendre comment le corps humain brûle de l’énergie.

À moins d’être un athlète professionnel, la plus grande partie de l’énergie utilisée par le corps n’a pas grand chose à voir avec le mouvement ou l’exercice physique. Une partie minime de l’énergie – environ 8% à 15% – sert à digérer les aliments que nous consommons, alors qu’une partie beaucoup plus importante est nécessaire pour alimenter les organes pour qu’ils fonctionnent normalement et nous permettent de rester en vie.

Selon Marcus Raichle, professeur à la faculté de médecine de l’Université de Washington à St. Louis, aucune partie du corps humain ne demande plus d’énergie que le cerveau. «En tant que consommateur d’énergie, le cerveau est l’organe le plus lourd que nous transportons avec nous», a-t-il expliqué. Alors que le cerveau ne représente que 2% du poids corporel total d’une personne, il représente 20% de la consommation énergétique de l’organisme. Cela signifie que pendant une journée normale, une personne consomme environ 320 calories pour réfléchir.

Cependant, différents états mentaux et tâches peuvent affecter subtilement la façon dont le cerveau consomme de l’énergie. Mais, alors que le cerveau brûle beaucoup d’énergie, tout changement dans l’activité cérébrale et la consommation d’énergie au cours d’une tâche mentale difficile est minime: «Peut-être un changement de 5% dans le contexte de l’activité cérébrale», a dit Marcus Raichle.

Même si vous deviez garder votre cerveau immergé dans des activités mentales difficiles tout au long de la journée, ce changement de 5% n’aiderait pas beaucoup. En effet, “en termes de calories, ce serait très modeste”, a déclaré Raichle, ajoutant que la dépense d’énergie est la même dans les deux sens.

La majeure partie de la consommation d’énergie du cerveau est destinée à maintenir notre vigilance, à surveiller notre environnement pour obtenir des informations importantes et à gérer d’autres activités «intrinsèques».

En ce qui concerne ses besoins en énergie, «une pensée individuelle est bon marché, mais la machinerie qui la rend bon marché coûte très cher», a-t-il ajouté.

Les cerveaux humains ne dépensent pas beaucoup plus d’énergie lors de tâches difficiles que lors de tâches simples. Une personne effectuant un travail exigeant sur le plan cognitif pendant huit heures brûlerait environ 100 calories de plus qu’une personne regardant la télévision ou rêvassant pendant le même laps de temps.

«Si vous faisiez quelque chose de très exigeant qui utilise plusieurs sens – quelque chose comme apprendre à jouer d’un instrument – cela pourrait atteindre 200 [calories]», a déclaré le professeur McNay. “Mais nous parlons ici de huit heures d’apprentissage d’un nouvel instrument”, a-t-il précisé.

Même dans cette hypothétique séance d’apprentissage d’un instrument de musique, il a été constaté que le cerveau perdait en efficacité au fur et à mesure que ses réserves de glucose diminuaient. L’épuisement apparaît lorsque nous ne pouvons pas maintenir le même niveau de performance cognitive.

Boire une boisson sucrée ou engloutir quelques bonbons peuvent reconstituer nos réserves de glucose et aider le cerveau à retrouver son plein potentiel. Mais les calories contenues dans ces aliments seraient plus nombreuses que celles que nous brûlons.

Les personnes qui passent leurs journées à effectuer un travail exigeant sur le plan mental peuvent toujours faire l’expérience d’un apport calorique raisonnable.  

Notis©2020

Par Mary Maz