Il y a presque autant d’interprétations de sa courte vie et de son énorme héritage que de livres et de films sur elle, notamment, « «Billie Holiday, une affaire d’Etat», un biopic mettant en vedette la chanteuse nominée aux Grammy Awards, Cassandra Monique « Andra » Batie dite Andra Day.

Andra dans la peau de Lady Day

Dans cette énième version de la vie de Billie Holiday, la dramaturge Suzan-Lori Parks, lauréate du prix Pulitzer, qui a écrit le scénario, entre dans le vif du sujet et met sur le tapis bon nombre des batailles de la chanteuse.

« L’histoire raconte comment cette femme, cette icône, a été beaucoup trop franche et directe. De ce fait le gouvernement l’a poursuivie jusqu’à son dernier souffle. Il s’agit de la façon dont nous, les Afro-Américains, aimons ce pays qui nous pourchasse en retour », a déclaré Madame Parks.

Réalisé par Lee Daniels, le film révèle comment Harry J. Anslinger, le chef raciste sans vergogne de l’obscure « Federal Bureau of Narcotics » (brigade contre la drogue) a traqué avec acharnement Billie Holiday, apparemment pour sa consommation de drogue, mais en réalité parce qu’elle a refusé d’arrêter de chanter « Strange Fruit »*, hymne qui est devenu l’une des chansons de protestation les plus célèbres de tous les temps.

Jouer la vie de Billie Holiday, admit Andra Day, était intimidant. Day était terrifiée après avoir finalement obtenu le rôle : « Je ne voulais pas déshonorer l’héritage de Holiday, ni celui de Diana Ross [qui a joué Holiday dans le film de 1972 Lady Sings The Blues] , a-t-elle expliqué.

Il est vrai que la chanteuse, née le 30 décembre 1984, n’avait jamais joué dans un film auparavant, mais son style vocal a été inspiré par des années d’écoute des interprétations incomparables de Billie Holiday de « God Bless The Child » et de « Strange Fruit », le déchirant témoignage sur les hommes noirs lynchés dans le Grand Sud et laissé suspendu aux arbres.

Billie Holiday a été l’une des chanteuses de jazz les plus douées et les plus célèbres au monde, ses chansons ont ensuite été reprises par des artistes comme John Coltrane, Barbra Streisand et Nina Simone. Plusieurs chanteurs célèbres ont avoué son influence sur leu jeu, de Frank Sinatra à Cassandra Wilson en passant par Day elle-même.

La performance d’Andra Day, nominée aux Golden Globes, suit celle de Diana Ross dans le long métrage de 1972 «Lady Sings the Blues», sans oublié celle de McDonald’s primées dans la comédie musicale de Broadway «Lady Day at Emerson’s Bar & Grill».  

Au fil des ans, les représentations de Holiday sont devenues plus nuancées, détournant l’attention de ses problèmes de dépendance à l’héroïne pour inclure un aperçu de son histoire et de son héritage en tant que musicienne, artiste noire pionnière et, avec « Strange Fruit », championne des droits civils.

« Lady Sings the Blues », l’autobiographie écrite en 1956, omettait de nombreux détails de sa vie et fictionnait d’autres (son lieu de naissance ; l’état matrimonial de ses parents ; entre autres). Le livre a formé la base du biopic de 1972, un film qui, par coïncidence, a inspiré Lee Daniels de devenir réalisateur. « Lady Sings the Blues » a changé ma vie », a-t-il déclaré. « C’était Diana Ross à la hauteur de tout. C’était l’excellence noire mélangée avec un peu de pattes de porc, de soda à l’ananas et de pain de maïs. C’était magique. Je n’avais jamais été aussi fasciné par quoi que ce soit ».

La comédie musicale « Lady Day at Emerson’s Bar and Grill » imaginée en un set unique – mais quel set ! – au cours de laquelle la chanteuse « déraille » dans une petite boîte de nuit à Philadelphie, lieu de sa précédente arrestation pour drogue : « Quand je mourrai », craque-t-elle, «je m’en fiche si je vais au paradis ou en enfer, tant que ce n’est pas à Philadelphie. » Holiday s’en prend ainsi aux méchants de sa vie, y compris son premier mari, Jimmy Monroe, et l’agresseur anonyme qui l’a violée lorsqu’elle était enfant.

Pour donner vie à l’icône dans «Billie Holiday, une affaire d’Etat», Parks a lu tout ce qu’elle pouvait sur la chanteuse et s’est immergée dans sa musique. Elle a relu “Lady Sings the Blues” mais n’a pas revisité le film. (« Lee aime ce film, alors cela m’a déchargé »). Madame Parks a également lu plusieurs livres d’Anslinger, l’ennemi de longue date de Holiday (joué par Garrett Hedlund dans le film), qui a déclaré que le jazz « sonnait comme la jungle au cœur de la nuit » et que la vie des jazzmen « puait la saleté ».

Parks a également étudié Jimmy Fletcher, l’agent de stupéfiants noir qu’Anslinger a enrôlé pour aider à faire « tomber » Holiday.

« C’est la situation dans laquelle nous nous trouvons, en tant que membres du peuple Noir en Amérique du nord, en ce moment », a déclaré Parks. « Si vous voulez prouver que vous n’êtes pas vraiment noir, alors flinguez des Noirs ! C’est la façon de gravir les échelons dans le secteur du divertissement, notamment. Je ne vais citer aucun nom ! ».

En plus de Fletcher et Anslinger, toute une liste de méchants a (dé)composé la vie de Holiday, y compris le policier Louis McKay, sans oublier le troisième mari de la chanteuse. Dans le film « Lady Sings the Blues » de 1972, McKay, interprété par Billy Dee Williams, est le sauveur super suave de Holiday, qui lutte puissamment (et échoue) à arrêter la chanteuse de sa noyade dans la drogue. (Le vrai McKay a servi de conseiller technique pour ce film.) En réalité – et dans le film de Daniels – McKay était un proxénète, un junkie et un batteur de femmes. « La même femme qui était si forte, qui pouvait voir si clairement les injustices dans notre culture, n’arrêtait pas de se connecter avec le mauvais gars », a déclaré Parks. « Mais je suppose que c’est toujours comme ça. Les gens formidables font de grandes choses, mais à la maison, ils sont comme ça ».

Reste que la chanteuse qui émerge du film «Billie Holiday, une affaire d’Etat» est plus combattante que victime, affrontant Anslinger (vers la fin du film, elle lui dit: « Vos petits-enfants vont chanter” Strange Fruit ” »)