Vladimir Poutine de la Russie, Xi Jinping de la Chine, Recep Tayyip Erdogan de la Turquie, Paul Kagame du Rwanda, entre autres, ont été salués comme des « Dirigeants Progressistes et Éclairés », symbole d’un nouveau départ pour leur pays. Comment ces dirigeants jugés aujourd’hui autocratiques et viscéralement vicieux ont-ils pu s’attirer les faveurs des médias occidentaux à leur arrivée au pouvoir ?

C’est la question à la quelle Gideon Rachman, chroniqueur international de longue date du Financial Times, tente de donner une réponse, à travers un livre intitulé « The Age Of The Strong Man: How The Cult Of The Leader Threatens Democracy Around The World ».

L’auteur, plaide d’emblée coupable de complicité lui-même, décrivant comment en 2013 il avait fait partie d’un « petit groupe d’étrangers » invités à rencontrer Xi Jinping dans le Grand Palais du Peuple de Pékin, près d’un an après avoir été nommé chef de la République Populaire de Chine.

Le chroniqueur des affaires étrangères, rapporte à quel point le numéro Un chinois semblait « technocratique, rationnel et rassurant ».  Sa « volonté de répondre aux questions semblait rafraîchissante et spontanée », a-t-il ajouté.

Près d’une décennie plus tard, personne en Chine n’ose remettre en question ce que dit le chef suprême de la Chine. « La nation la plus peuplée du monde subit incontestablement un lavage de cerveau pour chanter la pensée de Xi Jinping, l’équivalent moderne du petit livre rouge du président Mao », écrit Gideon Rachman.

Dans « la plus grande démocratie du monde », l’Inde, Narendra Modi a lui aussi embrassé le « culte du leader fort », dans la mesure où, contrairement à aucun de ses prédécesseurs, il a fait porter son nom à des stades et autres monuments publiques. Les Indiens vaccinés contre la Covid-19 ont reçu un certificat avec le portrait de Modi dessus.

L’économiste et lauréat du prix Nobel, Amartya Sen, exilé aux états unis d’Amérique, a affirmé que ses amis en Inde hésitaient même à critiquer le gouvernement au téléphone : « Les gens ont peur, je n’ai jamais vu ça auparavant. »

Ici encore, Gideon Rachman, est admirablement franc sur sa propre erreur de jugement, ayant vu ce célibat hindou comme « rafraîchissant » et « revigorant », citant ses propres colonnes effusives lorsque Modi s’est présenté pour la première fois « avec un peu d’embarras ». Mais le grand reporter n’était pas le seul, loin de là, à cet optimisme naïf.

L’une des raisons de cette erreur de jugement caractérisé est que ces personnages fraichement élus comprennent bien le genre de bruits que les dirigeants occidentaux et les experts en politique étrangère veulent entendre – et le font dûment et bien.

Lorsqu’il a succédé à Eltsine, Vladimir Poutine a promis de « protéger la liberté d’expression, la liberté de conscience, la liberté des médias, les droits de propriété… Bref, ces éléments fondamentaux d’une société civilisée ». En fait il a toujours été habité par l’esprit de suspicion, de mépris et de répression qui caractérise les ambitions surdimensionnées d’un petit agent du KGB.

Le livre de Gideon Rachman a été mis sous presse juste avant que le Président Russe ne lance son « opération militaire spéciale » contre l’Ukraine.

Notis©2022

Par Sidney Usher