Quelque un milliard de personnes, soit un septième de la population mondiale, ajuste son horloge chaque année pour passer à l’heure d’été. Cette pratique est observée depuis plus d’un siècle l’horloge de certains pays.

Depuis 2001, les 28 pays de l’UE se sont harmonisés sur ce qu’on appelle l’heure avancée pour l’été pour permettre à leurs citoyens de passer des soirées plus longues.

Mais le parlement de l’Union européenne a récemment voté une disposition permettant aux membres de l’UE d’abolir ces changements semestriels, s’ils le souhaitent.

Par conséquent, à partir de 2021, les pays de l’UE pourront choisir de rester à l’heure d’été permanente ou de revenir en octobre à l’heure d’hiver permanente.

En attendant, à la même période (le dernier week-end du mois de mars) le sujet relance le débat entre agriculteurs et amateurs de sport, divise les générations et suscite de vives revendications quant à la flambée du taux de mortalité.

D’où vient l’heure d’été et quels sont vraiment ses effets sur le corps humain ?

Aux origines de l’heure du printemps

Benjamin Franklin, le premier ambassadeur américain en France, a proposé le « Daylight Saving Time » (« l’économie de la lumière du jour ») pour dénoncer « les Français paresseux ». En 1784, il écrivit une lettre satirique dans un journal de Paris suggérant que les horloges soient déplacées en été afin que les citoyens puissent se lever plus tôt et bénéficier de plus de lumière naturelle. Il a également exigé une taxe sur les volets de fenêtres, le rationnement des bougies et une alarme déclenchée par un coup de canon.

Plus d’un siècle plus tard, en 1895, un astronome et naturaliste néo-zélandais, George Hudson, proposa la même idée sur des bases purement égoïstes. Il voulait que la lumière du soir supplémentaire en été l’aide à étudier les insectes.

En 1907, William Willett, constructeur anglais, golfeur et obsédé par la mesure du temps, le suggéra séparément après l’avoir conduit tôt le matin et avoir remarqué les fenêtres à volets et les rideaux tirés pendant que les gens dormaient à l’aube d’été.

Un an plus tard, le 1 er juillet 1908, à la suite d’une pétition adressée au conseil municipal par un homme d’affaires du nom de John Hewitson, les habitants de Port Arthur, en Ontario, ont été autorisés à avancer l’horloge une heure afin de profiter de soirées plus longues et plus éclairées. D’autres villes canadiennes ont suivi.

Ce sont toutefois des motifs plus sombres qui ont amené l’Empire allemande à adopter le passage à l’heure d’été, le 30 avril 1916. En effet, dans l’esprit des dirigeants allemands, la lumière du jour estivale pourrait permettre à la machine de guerre du pays de travailler plus efficacement. Cela réduirait également le carburant utilisé pour l’éclairage intérieur, augmentant ainsi l’approvisionnement des forces armées.

En 2012, les politiciens russes ont décidé de passer à l’heure d’été permanente, dans l’espoir d’améliorer le bien-être des citoyens en leur offrant de plus longues journées d’été.

Cependant, cela a créé du stress et des problèmes de santé pour les habitants du nord de la Russie, où les matinées sont restées plus sombres plus longtemps pendant les rudes mois d’hiver.

Les accidents de la route survenus tôt le matin ont également augmenté en 2012 par rapport aux années précédentes. L’hiver permanent a été introduit en 2014.

Les effets sur la santé

L’ex Premier ministre Anglais Winston Churchill a estimé que le plus grand avantage du passage à l’heure d’été est de voir « des terrains de jeu remplis de milliers de jeunes enthousiastes chaque belle soirée d’été». En effet, selon une étude menée par la « London School of Hygiene and Tropical Medicine » (école de médecine de Londres) auprès de 23 000 enfants, des nuits d’été plus longues pourraient constituer la meilleure arme contre une épidémie d’obésité chez les enfants.

L’augmentation des heures de la lumière du jour peut également améliorer l’humeur de la population de tout un pays. C’est ce que des chercheurs canadiens ont découvert en 2003. « Une prévalence de la dépression dans une ville pourrait être réduite par de simples mesures de santé publique telles que passer à l’heure d’été toute l’année », ont-il écrit dans leur rapport.

Mais, un certain nombre d’études indiquent des risques importants pour la santé associés à la perte d’une heure de sommeil.

Une étude récemment publiée dans le « Journal of Clinical Medicine », portant sur plus de 110 000 personnes, a révélé que les crises cardiaques avaient considérablement augmenté dans les quinze jours suivant le début du changement des horloges. Le premier lundi matin est le moment le plus dangereux, mais en général, il semble que ces matinées soudaines peuvent stresser des cœurs en mauvaise santé.

Une étude allemande de 2018 sur les rapports d’autopsie a révélé une augmentation du nombre de décès, principalement de suicides et d’accidents de la route, dans les deux semaines suivant l’introduction de l’heure d’été.

Les recherches suggèrent que les accidents ménagers augmentent également en raison de la perturbation de l’horloge biologique, ce qui provoque stress et désorientation.

En outre, les stress physiologiques causés par la perte d’une heure au lit peuvent même augmenter le risque de développer la sclérose, selon une biochimiste italienne dans une récente étude.

D’autres conséquences de l’heure perdue ont également été notées. Les psychologues de l’Université de Lancaster ont par exemple découvert une augmentation du nombre de patients ne se rendant pas chez le médecin après le changement d’horloge. Beaucoup de gens sont désorientés pendant une semaine.

Des chercheurs de l’Université de Washington ont constaté que les juges infligeaient des peines plus longues une fois que les horloges étaient avancées d’une heure. La privation de sommeil fait perdre les nerfs et rend violent, selon un rapport publié dans la revue Psychological Science.

Notis©2019

Par Sidney Usher