Six semaines après la publication d’un article paru dan le principal journal du pays, « Le Monde », dénonçant « l’usure» des institutions et la société française trop « frileuse » pour se hisser au niveau des mouvements de revendications de la jeunesse en Allemagne et aux États-Unis, les étudiants de Paris occupaient la Sorbonne, l’une des plus illustres universités d’Europe. C’était le 3 mai 1968.
Les événements qui ont suivi – manifestations de masse, batailles de rue et grèves nationales – ont transformé la France. Ce n’était pas une révolution politique comme l’avaient été les précédentes révolutions françaises, mais une révolution culturelle et sociale qui, dans un temps étonnamment court, a changé le visage de la société française.

Charges sociales

Aujourd’hui, il est difficile d’imaginer qu’un pays occidental soit totalement englouti par un tel bouleversement social, comme cela  s’est passé en mai 1968 en France. Il est également difficile de trouver un Français ou une femme née avant 1960 qui n’ait pas un souvenir  précis, personnel et vivace de ce mois exceptionnel.
« Dans l’histoire de la France, c’était un mouvement remarquable parce que c’était vraiment un mouvement de masse qui concernait non seulement Paris mais aussi les provinces, c’est-à-dire toute la France, les intellectuels et les ouvriers », a expliqué Bruno Queysanne, qui était alors enseignant à l’École des Beaux-Arts de Paris, l’une des écoles d’art et d’architecture les plus prestigieuses du pays.