Que peut faire un pays qui, en plus de la pandémie qui écrase son économie, fait face aux catastrophes climatiques tout en se noyant sous la dette ?

La situation de Belize, les Fidji et le Mozambique est édifiante. Il s’agit de pays très différents, mais qui font partie de dizaines de nations au carrefour de deux crises mondiales croissantes : le changement climatique et la dette. Ils doivent des sommes faramineuses à divers prêteurs étrangers. Ils sont également confrontés à des risques climatiques stupéfiants.

Avec la pandémie de coronavirus qui frappe leurs économies, il est de plus en plus reconnu que leurs obligations en matière de dette font obstacle à la satisfaction des besoins immédiats de leur population – sans parler des investissements nécessaires pour les protéger des catastrophes climatiques.

La prise de conscience

La combinaison de la dette, du changement climatique et de la dégradation de l’environnement « représente un risque systémique pour l’économie mondiale qui peut déclencher un cycle qui réduit les revenus, augmente les dépenses et exacerbe les vulnérabilités au climat et à la nature », selon une un rapport de la Banque mondiale. L’institution financière internationale est sortie enfin de son silence après des mois de pression des universitaires et des défenseurs des prêteurs pour qu’ils s’attaquent à ce problème.

À eux seuls, les pays à revenu faible et intermédiaire devaient 8,1 billions de dollars aux prêteurs étrangers en 2019, l’année la plus récente pour laquelle les données sont disponibles – et c’était avant la pandémie. À l’époque, la moitié de tous les pays que la Banque mondiale a classés comme à faible revenu se trouvaient, soit dans ce qu’elle appelait un « surendettement, soit à un risque élevé d’endettement ». Beaucoup d’entre eux sont également extrêmement vulnérables au changement climatique, notamment des sécheresses plus fréquentes, des ouragans plus violents et la montée du niveau de la mer qui emportent les côtes.

Les pays riches sont loin de fournir les 100 milliards de dollars promis par an pour aider les pays plus pauvres à faire face aux effets du réchauffement climatique.

C’est dans ce contexte qu’une avalanche de propositions a émergé pour tenter de résoudre le problème. Les détails varient. Mais elles appellent toutes, d’une manière ou d’une autre, les pays riches et les créanciers privés à offrir un allégement de la dette, afin que les pays puissent utiliser ces fonds pour s’éloigner des combustibles fossiles, s’adapter aux effets du changement climatique ou obtenir une rallonge financière pour mieux exploiter leurs ressources naturelles.

Une proposition largement diffusée appelle le Groupe des 20 (les 20 plus grandes économies du monde) à exiger des prêteurs qu’ils offrent un allégement « en échange d’un engagement à utiliser une partie du nouvel espace budgétaire pour une reprise verte et inclusive ».

Les cas extrêmes

La nation insulaire de basse altitude du Pacifique, les Fidji, a connu une succession de tempêtes ces dernières années qui ont entraîné des destructions et la nécessité d’emprunter de l’argent pour se reconstruire. La pandémie a entraîné un ralentissement économique. En décembre 2020, le cyclone tropical Yasa a détruit des maisons et des récoltes.

La dette des Fidji a grimpé en flèche, notamment envers la Chine, et le pays, dont l’existence même est menacée par l’élévation du niveau de la mer, a réduit les projets climatiques planifiés, selon une étude du World Resources Institute.

Les auteurs ont proposé ce qu’ils ont appelé un « swap climat-santé-dette », dans le cadre duquel les créanciers bilatéraux, à savoir la Chine, annuleraient une partie de la dette en échange d’investissements dans le domaine du climat et des soins de santé. La Chine n’a -pour l’instant- pas réagi publiquement sur l’idée d’un quelconque échange de dette.

Le sixième pays le plus pauvre du monde, le Mozambique s’enfonçait déjà avant la pandémie sous d’énormes dettes, y compris des prêts secrets que le gouvernement n’avait pas révélés, quand, en 2019, sont revenus des cyclones consécutifs. Ils ont tué 1 000 personnes et laissé des dommages physiques de plus de 870 millions de dollars. Le Mozambique a contracté davantage de prêts pour faire face. Puis vint la pandémie. Le I.M.F. dit que le pays est en situation de surendettement.

Notis©2021

Par Sidney Usher

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