La mondialisation, renforcée et rendue inéluctable par internet, oblige les francophones à s’adapter, voire, se résigner devant la toute puissance de la langue de Shakespeare.

Les entreprises ayant pour langue maternelle (ou officielle) le Français sont de plus en plus perméables aux expressions verbales des gourous venus des Etats-Unis, les fameux gourous du « Consulting »

. N’en déplaise aux défenseurs les plus farouches d’une francophonie « blanche, épurée et conservatrice », elles ont adopté aussi leur mots fétiches. Mais n’est pas « up-to-date » (à la mode) qui veut : si certains néologismes ont conquis le langage courant, d’autres sont vite devenus « has been » (ringards, dépassés).
Nous vous proposons, ci-après, quelques expressions pour paraitre « managérialement » correct.
Un conseil : si vous ne comprenez pas une phrase sur deux, inquiétez-vous !

Etes-vous « entrepreneur » ou HP ?

« Entrepreneur », aux Etats-Unis, est le mot noble pour désigner celui qui crée des entreprises. N’hésitez pas à le revendiquer, pour vous distinguer du « business freak » (l’affairiste cynique).

Vous êtes évidemment un « workoholic » (bourreau de travail). Votre risque : rester scotché à votre « reporting » et raisonner « short term ». Vous devez être le « détenteur de la vision » (le concept qui a escamoté le « projet d’entreprise).

Si vous n’êtes pas le patron, vous êtes surement un « HP » (un « haut potentiel », repéré comme tel), amené doucement au top de vos capacités, pour atteindre le niveau « corporate » (de direction). Ensuite, à vous de vous maintenir au top top.

Adoptez-vous le « Casual wear » ?

Du lundi au jeudi, habillez-vous « straight » (strict). Toutefois, le vendredi, troquez votre costume cravate contre un jeans et une chemise plus casual (décontracté). Ce jour là, cherchez le fit (le bon contact) avec vos « collaborateurs » (« collègue » fait plouc). N’hésitez pas à les tutoyer. C’est un signe appréciable de « positive thinking ». Et un excellent moyen de faire passer l’information « top to down » (du haut en bas de la hiérarchie, ce dernier terme étant à bannir définitivement de votre langage).

Savez-vous « booster » vos ventes ?

Confrontés à un « gap » (un retard) technologique, vos produits ne sont plus « time-to-market » (adaptés aux besoins de vos clients) ? Lancez une opération de « benchmarking » (technique moderne d’investigation proche de l’espionnage industrielle), dont l’objectif sera de percer les méthodes de « JAT » (juste-à-temps : méthode de gestion permettant de réduire les délais de livraison en reportant la charge de stockage sur les fournisseurs) des « price makers » (ceux qui imposent leurs prix au marché).

En outre, faites plancher vos « process teams » (équipe qualité) sur une opération « TQM » (total quality management ou management participatif). Soyez résolument « marketing minded » et cherchez à obtenir un « up grading » (une amélioration) de vos produits.

Avez-vous « reengineeré » ?

L’assaut d’internet sur le marché des affaires a donné lieu à une remise à plat des « process » (évitez le terme bureaucratique « procédures »), afin d’être plus « client oriented » (tourné vers le haut). Suite à un « downsizing » (plus diplomatique que « compression d’effectifs ») drastique, certains de vos cadres ont dû « s’externaliser » (quitter l’entreprise). D’autres ont songé à une évolution « cross fonctionnelle » (changer de métier). L’entreprise s’est recentrée sur son « core business » (activité principale) en misant sur son « know how » (savoir-faire) et en ayant recours à « l’outsourcing » (externalisation), qui est un excellent « cost killer » (réducteur de coût).