L’utilisation d’Internet augmente rapidement en Afrique, et avec elle, la cybercriminalité. Cette croissance exponentielle et incontrôlable facilite la tâche aux criminels qui opèrent en toute liberté sur la toile sans la crainte d’être pris dans les filets de la police. L’utilisation croissante d’internet sur le continent a aussi créé un nouveau bassin de victimes potentielles qui n’ont ni les connaissances ni l’expérience pour être en mesure de se protéger efficacement contre les cybercriminels.
340 millions de dollar
Dans leur rapport annuel, les experts de Kaspersky Security ont affirmé que plus de 49 millions de cyber-attaques ont eu lieu sur le continent dans le premier trimestre de l’année 2014. La plupart de ces attaques ont eu lieu en Algérie, suivie de l’Égypte, l’Afrique du Sud et le Kenya. Les experts en sécurité informatique de la firme Norton, eux, ont dit que la cybercriminalité est en fait la plus répandue en Afrique du Sud. Selon ces experts 70% des Sud-Africains auraient été victimes de la cybercriminalité, contre 50% au niveau mondial. McAfee, une autre entreprise spécialisée dans la cyber-sécurité, a indiqué que la cybercriminalité a coûté aux entreprises sud-africaines plus de 500 millions de dollars (340 millions €), au titre de l’exercice 2014.
Le Vide juridique
L’Afrique a longtemps manqué d’un cadre juridique pour lutter contre la cybercriminalité. Il a fallu attendre jusqu’en Juin 2014, pour que l’Union africaine (UA) approuve une convention sur la cybersécurité et la protection des données. Cet acte ouvre la voie à de nombreux pays d’adopter des lois de protection individuelle pour la première fois. La mise en œuvre de ce texte reste cependant problématique. En effet, pour qu’elle ait une force juridique, ladite convention devra être ratifiée par au moins 15 des 54 États membre de l’Union Africaine (UA). Au 31 mars 2015, pas un seul pays ne l’a encore fait. Le vent d’optimisme est donc rapidement retombé. Cependant, il y a une lueur d’espoir que les choses bougent dans les trois à cinq prochaines années. Les cybercriminels qui opèrent en Afrique ont donc de beaux jours devant eux.
Les «Effets négatifs»
La convention africaine pour la lutte contre la cybercriminalité est la bienvenue, parce qu’elle témoigne de la prise conscience du phénomène. Mais, cet acte -encore sans valeur- est une source de réelles préoccupations au sujet de certaines de ses dispositions. Belayneh, enseignant au Centre de la propriété intellectuelle et du droit des technologies et de l’information à l’Université Strathmore, au Kenya, s’est exprimé contre la mise en œuvre de ce texte, dans sa forme actuelle. Selon lui, la convention pourrait limiter la liberté d’expression et permettre aux autorités publiques d’intercepter des données privées beaucoup trop facilement. Les juges auront le pouvoir illimité de perquisition et de saisie sur des données ou des ordinateurs, par exemple. Tout cela pourrait avoir des «effets négatifs considérables sur les économies et les cultures sociales en ligne à travers l’Afrique », a-t-il dit.

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Le document donne trop de pouvoir aux juges et aux bras chargés de l’application de la loi des gouvernements. En revanche, il ne prend pas en compte les rôles de l’éducation et de la consultation dans la lutte contre la cybercriminalité. « Il a été écrit par les avocats », a-t-il poursuivi. « La Cybersécurité et la cybercriminalité ont besoin d’une approche multi-sectorielle. Les éducateurs en cybersécurité, les chercheurs, les ONG [organisations non gouvernementales], les fournisseurs, les pirates éthiques, notamment, auraient dû être impliqués dans l’élaboration de ce texte afin de lui donner un cadre multidimensionnel, au lieu d’être un simple papier juridique », a ajouté Monsieur Belayneh.
En sus, certaines expressions de la convention semblent être en conflit direct avec la protection des droits humains. Par exemple, alors que la convention limite le traitement des données personnelles, il contient une exception pour les tâches “effectuées dans l’intérêt public ou dans l’exercice de l’autorité publique” – une échappatoire qui ouvre grandement la porte aux abus, selon certains experts.