“Le commerce mondial devrait chuter de 13 à 32% en 2020, car la pandémie de COVID-19 perturbe l’activité économique et la vie normales dans le monde”, a déclaré l’Organisation mondiale du commerce dans un communiqué en date du 08 avril 2020.

Crise sanitaire “sans précédent”

Analysant les effets de la pandémie sur le commerce mondial, le chef de l’OMC, Roberto Azevedo, a averti que le ralentissement économique «pourrait bien être la récession économique, la pire » de l’histoire contemporaine.

Dans ses principales prévisions annuelles, l’OMC, qui compte 164 membres, a souligné que le commerce avait déjà ralenti en 2019, avant l’émergence du Covid-19. Ce nouveau coronavirus a infecté quelque 1,8 million de personnes depuis la fin de l’année 2019, tuant plus de 90 000 personnes et forçant les gouvernements du monde entier à prendre des mesures radicales.

Ainsi, plus de la moitié de l’humanité a été invitée à rester chez elle et l’activité économique s’est pratiquement immobilisée dans de nombreux endroits.

En conséquence, le commerce mondial devrait enregistrer une «baisse à deux chiffres du volume des échanges» dans presque toutes les régions, au terme de l’exercice 2020, a annoncé l’OMC.

Les mesures sans précédent prises par les gouvernements pour protéger la vie de leur population conduiront à des baisses inévitables du commerce et de la production, qui auront des conséquences douloureuses pour les ménages et les entreprises, en plus des souffrances humaines causées par la maladie elle-même”, a déclaré Azevedo dans son point de presse.

Avant la crise économique de 2020 , les tensions commerciales, l’incertitude et le ralentissement de la croissance économique pesaient sur le commerce mondial de marchandises, qui a enregistré une légère baisse de 0,1% en 2019, après une hausse de 2,9% enregistrée l’année précédente.

Au titre de l’exercice 2019, la valeur en dollars des exportations mondiales de marchandises a chuté de 3% pour atteindre 18,89 billions de dollars, a indiqué l’OMC.

Chute « dramatique »

Le commerce mondial des services commerciaux s’est mieux comporté en 2019, avec des exportations en hausse de 2% à 6,03 milliards de dollars, mais l’expansion économique a été beaucoup plus lente qu’en 2018, durant lequel le commerce des services a augmenté de 9%.

Mais la situation a pris une tournure dramatique depuis que le nouveau coronavirus est apparu en Chine à la fin de l’année 2019.

L’OMC a déclaré que si le choc mondial pouvait inviter, au début de la crise sanitaire, à des comparaisons avec la crise financière de 2008-2009, les tendances concordantes montrent que la situation économique sera pire.

Les restrictions de mouvement et les distanciations sociales, des mesures édictées dans le but légitime de ralentir la propagation de la maladie, impliquent que l’offre de main-d’œuvre, les transports et les voyages soient directement affectés comme ils ne l’ont pas été pendant la crise financière  de 2008-2009.

«Des secteurs entiers des économies nationales ont été fermés, notamment les hôtels, les restaurants, le commerce de détail non essentiel, le tourisme et une part importante de l’industrie manufacturière».

Une perspective optimiste postule qu’une forte baisse des échanges serait suivie d’une reprise à partir du second semestre 2020, a indiqué l’OMS. Mais le point de vue le plus pessimiste soutient que la chute économique est déjà trop prononcée pour espérer une reprise “rapide, prolongée et complète.

“Dans les deux scénarios, toutes les régions subiront une baisse à deux chiffres des exportations et des importations en 2020”, a-t-il déclaré, ajoutant que l’Amérique du Nord et l’Asie seraient les plus durement touchées.

Aggravation de la pauvreté

A la suite de l’OMS, l’association caritative de lutte contre la faim dans le monde, Oxfam, a affirmé, dans son rapport paru le 09 avril 2020, que a pandémie de coronavirus pourrait plonger un demi-milliard de personnes dans le monde dans la pauvreté.

Un rapport de l’association caritative basée à Nairobi a examiné l’impact de la crise sur la pauvreté dans le monde en raison de la baisse des revenus ou de la consommation des ménages.

Il a constaté: «La crise économique qui se déroule rapidement est plus profonde que la crise financière mondiale de 2008. (…) Les estimations montrent que, quel que soit le scénario, la pauvreté dans le monde pourrait augmenter pour la première fois depuis 1990.»

Le rapport ajoute que cela pourrait signifier que certains pays reviennent aux niveaux de pauvreté observés pour la dernière fois il y a trois décennies.

Les femmes sont beaucoup plus à risque que les hommes car elles sont plus susceptibles de travailler dans l’économie informelle avec peu ou pas de droits en matière d’emploi.

En Asie du sud la crise économique est déjà là

Dans le même scénario, les personnes vivant dans une pauvreté plus élevée, 5,50 $ ou moins, bondiraient de 548 millions pour atteindre près de quatre milliards de personnes.

Vivant au jour le jour, les plus pauvres n’ont pas la possibilité de s’absenter du travail ou de stocker des provisions. En outre, plus de deux milliards de travailleurs du secteur informel dans le monde n’ont pas accès aux indemnités de maladie.

La Banque mondiale, une semaine avant la sonnette d’alarme tirée par l’OMC et Oxfam, que la pauvreté en Asie de l’Est et dans la région du Pacifique à elle seule pourrait augmenter de 11 millions de personnes si les conditions empiraient.

Au total, les gouvernements du monde entier devraient mobiliser au moins 2,5 billions de dollars pour soutenir les pays en développement.

Notis©2020

Par Sidney Usher