
A cet égard, l’Allemagne est un bon exemple. Consciente du déclin de sa population, elle a fait de la réduction de la dette publique son premier objectif. La Constitution a même été modifiée pour imposer au gouvernement un « frein à la dette » encore plus contraignant que les règles de l’Union européenne. Mais les législateurs allemands ont oublié d’inclure l’actif du bilan de la sphère publique dans leur tableau de bord. Avec pour résultat une importante réduction du ratio de dette, mais un grave retard dans l’investissement public ou le renouvellement des infrastructures, pourtant tout aussi essentiels pour les générations futures.
La solution
La solution est plutôt de créer un tableau de bord comprenant les indicateurs les plus pertinents et d’évaluer l’action du gouvernement sur la base de la performance du pays au regard de chacun d’entre eux. On éviterait ainsi d’agréger de manière peu convaincante des dimensions pas toujours comparables.
Reste à choisir les variables. Publier des dizaines d’indicateurs serait certes informatif mais l’évaluation de la performance gouvernementale s’en trouverait diluée. Pour compléter le PIB, l’accent devrait idéalement être mis sur quatre ou cinq indicateurs. S’il y en a vingt, chacun s’y perdra et tout le monde reportera ses yeux sur ce bon vieux PIB.
La sélection de cette poignée d’indicateurs est une question de société. Les priorités peuvent varier selon les pays : la déforestation est un problème central pour le Brésil pas pour la Finlande. Elles donnent nécessairement lieu à des affrontements : écologistes et agriculteurs se rejoignent pour condamner l’artificialisation des sols mais se séparent sur l’importance à accorder au nombre des espèces d’oiseaux.
Il serait logique, cependant, de retenir des indicateurs couvrant trois dimensions clés : la dette et les actifs, la protection environnementale et l’équité (égalité, légalité, neutralité et transparence). C’est en effet dans ces trois directions qu’il faut en priorité élargir la mesure des performances économiques d’une nation. D’autres dimensions relatives à la santé ou à la sécurité pourraient être incluses. Un débat devrait être engagé sur la sélection des variables correspondantes. Il donnera évidemment lieu à controverses. Mais des controverses de cette nature, c’est précisément ce qu’on souhaite connaître dans un pays démocratique. Et la démocratie ouvre souvent le préalable à la paix sociale qui ouvre la voie au développement économique.
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