« On ne guérit jamais complètement de l’inceste. Parfois, il suffit d’une situation, d’une odeur ou d’une phrase pour être replongée dans l’horreur », a déclaré une victime.

L’environnement culturel, juridique et judiciaire favorisent ou semblent encourager cette “institution à caractère universel” qui provoque effectivement de lourdes conséquences physiques et mentales sur ses victimes.

Définition

La définition juridique de l’inceste varie d’un État à l’autre, mais toutes les législations prévoient l’interdiction des contacts sexuels entre des personnes liées par le sang et / ou des liens familiaux.

La plupart des États considèrent que les enfants mineurs ne peuvent pas donner leur consentement avant un âge défini (18 ans selon la Convention relative aux droits de l’enfant du 20 novembre 1989). Par conséquent, l’inceste enfants / adultes est un acte criminel, qu’il y ait ou non coercition ou violence.

Certains théoriciens et chercheurs ont élargi la définition à la violation d’une relation de confiance entre un enfant et un adulte. Cette approche élargie de l’inceste met l’accent sur le traumatisme psychologique qui survient suite aux abus sexuels subis pendant l’enfance.

L’inceste est d’une apparition récente dans les textes de répression et s’inscrit souvent dans la rubrique de « la protection de l’enfance ». Mais en cherchant à protéger que les enfants, le code pénal, par ricochet légitime l’inceste commis sur des personnes majeures.

Quand au Code civil, il prévoit des interdits de mariage au sein d’une même famille, mais l’interdit de mariage ne vaut pas interdiction de copuler ni d’avoir des enfants entre personnes majeures et consentantes.

Au risque donc de heurter les consciences, le Code civil, auquel s’ajoute désormais le Code pénal, ne prohibent pas l’inceste au sens large, mais uniquement certaines formes d’inceste.

Ces textes témoignent d’une ignorance inquiétante de la part du législateur, car d’un point de vue clinique et anthropologique, la plus schématique des conceptions définit l’inceste comme le fait d’avoir des relations sexuelles entre des personnes « interdites », quel que soit leur âge. 

Le Coran, de la Bible ou de la Torah édifie l’inceste comme interdit général, sans distinction de sexe et d’âge :

*« Vous sont interdites vos mères, filles, sœurs, tantes paternelles et tantes maternelles fille d’un frère et filles d’une sœur, mères qui vous ont allaités, sœurs adoptive, mères de vos femmes, belles-filles sous votre tutelle et issues des femmes avec qui vous avez consommé le mariage », Coran, sourate Annissaa (IV) verset 23.

*« Nul de vous ne s’approchera de sa parente, pour découvrir sa nudité », Lévitique, chapitre 18

Données

Bien que les stéréotypes abondent, l’inceste traverse tous les groupes ethniques, tous les statuts socio-économiques et n’est pas plus probable dans les zones rurales que dans les zones urbaines.

Toutefois, il existe peu de mesures statistiques fiables en la matière. Cependant, la plupart des chercheurs s’accordent à dire qu’entre 20% et 25% des filles et environ 2% à 16% des garçons sont victimes d’abus sexuels avant l’âge de 18 ans. Les hommes, représentant 90% à 95% des auteurs des écarts de conduite à l’encontre des filles et les garçons, ont le plus souvent le rôle du père, bien que la perpétration par des femmes soit très probablement sous-déclarée.

Les statistiques les plus fiables montrent qu’une famille sur vingt a des antécédents d’abus sexuel père-fille, tandis qu’une famille recomposée sur sept est enclin à l’abus sexuel commis par le beau-père sur sa belle-fille.

En 1986, David Finkelhor, chercheur connu pour ses travaux sur les abus sexuels à l’encontre des enfants, a indiqué que parmi les hommes qui ont déclaré avoir été victimes d’abus sexuels dans leur enfance, seulement 3% ont déclaré l’inceste mère-fils. La plupart des recherches liées à l’inceste se sont concentrées sur l’inceste père-fille ou beau-père-belle-fille. Cela démontre que l’inceste par les femmes sur les filles ou les jeunes garçons sont peu ou pas déclaré.

Traumatisme

Les effets psychologiques sur la victime sont souvent liés à son âge au moment de l’inceste. Cela détermine le type et l’intensité du traumatisme subi par l’enfant. En effet, si l’enfant est cru après sa dénonciation par les adultes auxquels il s’est confié et que l’agresseur est automatiquement sanctionné, c’est un bon pronostic pour la guérison. En revanche, si l’enfant n’est pas cru ou est blâmé pour avoir dénoncé son bourreau, alors une détresse psychologique plus forte est généralement ressentie.

Les adultes qui, dans leur enfance, n’ont bénéficié d’aucune justice ou/et prise en charges éprouvent souvent une gamme de problèmes psychologiques dus à l’inceste. L’effet psychologique le plus courant chez les victimes / survivants est l’auto-responsabilité généralisée.

Le trouble de stress post-traumatique, caractérisé par l’hyper-vigilance et l’anxiété, l’évitement des indices qui leur rappellent l’abus et des pensées intrusives, est souvent observé chez les victimes d’inceste.

Les adultes survivants d’abus sexuels commis pendant l’enfance peuvent également souffrir de dépression, d’idées / tentatives suicidaires et de toxicomanie. Leur fonctionnement sexuel peut être perturbé. Cela se manifeste par un manque de désir sexuel ou par des comportements sexuels aveugles.

Les relations sont affectées, car de nombreuses victimes / survivants notent qu’ils ont des difficultés à faire confiance. Les victimes utilisent souvent la distanciation extrême (solitude, auto-marginalisation) pour faire face aux difficultés tout au long de leur vie.

Des études portant sur des survivants d’inceste ont indiqué qu’être érotisé tôt dans la vie perturbait la sexualité adulte de ces personnes. En comparaison avec les témoins non incestueux, les survivants ont eu des rapports sexuels plus tôt, avaient plus de partenaires sexuels, étaient plus susceptibles d’avoir des relations sexuelles occasionnelles avec des personnes en dehors de leurs relations principales et étaient plus susceptibles d’avoir des relations sexuelles tarifées.

Ainsi, les survivants d’inceste courent un risque accru de « revictimisation », souvent sans se rendre compte qu’ils sont ou font des victimes d’abus. Ce problème crée souvent de la confusion chez les victimes survivantes, parce que la frontière entre la participation involontaire et volontaire à un comportement sexuel est et reste floue.

Impunité

En raison du tabou et de la honte qui y sont associés, peu d’accusations criminelles sont déposées lorsque l’inceste se produit. Cependant, en tant qu’adultes, les victimes remportent un nombre croissant d’affaires civiles, d’autant plus -qu’en matière de violence sexuelle- le délai de prescription est souvent prolongé. En effet, les faits sont prescrits vingt à trente ans après la majorité de la victime.

Plus que tout autre type de maltraitance des enfants, l’inceste est associé au secret, à la trahison, à l’impuissance, à la culpabilité, à la loyauté conflictuelle, à la peur des représailles et à la culpabilité / honte. Il n’est donc guère surprenant que seulement 30% des cas d’inceste soient signalés par les victimes survivantes.

Pourtant, porter plainte est une part importante du travail de reconstruction de la victime d’inceste et de sa famille.

En raison d’un environnement culturel et législatif qui leur est favorable, il y a peu de chances que les auteurs d’inceste soient arrêtés ou poursuivis. La plupart abuseront impunément de leur position de domination sur plusieurs enfants et personnes sans défenses au cours de leur vie.

Notis©2020

Par Mary Maz

Sources: « Guérir la blessure d’inceste » Courtois, (1988). « Le traumatisme secret: l’inceste dans la vie des filles et des femmes » Russell, (1986). New York: livres de base. « Femmes incestueuses », B POIRET A. K. Éditions. « Femmes et pédophilie : un tabou tenace », VAN ERPS N,