La crise climatique a poussé les gens à ressentir ce que certains appellent « l’éco-anxiété », ou l’anxiété face à la disparition imminente des conditions de vie normales sur la terre. Les activités quotidiennes de l’homme contribuent à accroitre cette angoisse.

Il est facile de deviner comment cette prise de conscience affecte la façon dont les gens mangent, font leurs courses ou voyagent. Mais selon certains experts, l’éco-anxiété affecte également les relations amoureuses et sexuelles des couples.

En claire, plus la planète chauffe, moins les activités deviennent torrides au lit.

Un sondage de 2019 a rapporté que près de 38% des participants âgés de 18 à 29 ans pensent que les couples devraient tenir compte du changement climatique lorsqu’ils décident d’avoir des enfants. Un autre sondage de l’année précédente a montré qu’environ un tiers des hommes et des femmes âgés de 20 à 45 ans ont cité le changement climatique comme un facteur dans leur décision d’avoir moins d’enfants.

Une étude a révélé qu’avoir un enfant dans un pays développé contribue à environ 58,6 tonnes supplémentaires de CO2 par an. La population humaine utilise déjà plus de ressources renouvelables de la planète qu’elle ne peut en régénérer. Plus de population ou plus de naissances ne fera qu’accélérer ce gaspillage.

« De plus en plus, nous voyons de nombreuses personnes choisir de ne pas avoir d’enfants, soit en raison de l’impact environnemental sur le monde, soit parce que leurs enfants peuvent être confrontés aux répercussions de la crise climatique. L’idée de tomber enceinte peut rendre les couples craintifs ou même anxieux pendant les rapports sexuels, et conduire à une diminution du plaisir sexuel », a déclaré la psychothérapeute Laura Vowel sur son site.

“C’est comme cette bataille constante entre savoir ce qui est bon à long terme, en termes globaux, et mon rêve d’avoir une famille et connaître les coûts de ce rêve. Cela me donne peur que ce que je veux soit en conflit avec ce en quoi je crois », a déclaré Carrie Nakpil, une écologiste basée à Manille, aux Philippines, qui anime un podcast sur la durabilité et l’environnement.

Certaines personnes se retrouvent à adopter au lieu de procréer, comme un moyen d’éviter de créer une autre personne qui contribuerait à l’empreinte carbone du monde.

Les contraceptifs peuvent également être une source d’anxiété écologique. En effet, selon le Fonds des Nations Unies pour la population, environ 10 milliards de préservatifs masculins en latex sont fabriqués chaque année, la plupart de ces préservatifs finissant dans des décharges. Ces préservatifs ne peuvent pas être recyclés et contiennent généralement des additifs et des produits chimiques. Certaines marques de préservatifs prétendent utiliser des matériaux issus de sources durables et sans cruauté pour la nature, mais ces genres d’engin ne sont pas largement disponibles.

Bien qu’il existe d’autres méthodes contraceptives, comme les pilules contraceptives et les vasectomies, celles-ci ne protègent pas les personnes contre les maladies sexuellement transmissibles.

Pour la psychothérapeute les gens ne devraient pas risquer leur santé sexuelle pour éviter de se sentir coupables d’avoir utilisé des préservatifs : « Si vous ne parvenez pas à mettre la main sur des contraceptifs respectueux de l’environnement, tant que vous adoptez l’approche la plus respectueuse de l’environnement dans d’autres domaines de votre vie, soyez assuré que vous faites tout ce que vous pouvez. C’est aussi beaucoup mieux, car l’alternative est que vous ayez un bébé, ce qui est bien pire pour l’environnement qu’un préservatif », a-t-elle déclaré.

Pour de nombreuses personnes, décider quels contraceptifs utiliser et la possibilité imminente d’une grossesse peuvent entraîner encore plus de stress et d’anxiété, ce qui, selon Madame Vowels, est l’un des principaux responsables de la baisse de libido.

« Si vous êtes anxieux, il vous est très difficile de vous concentrer sur autre chose parce que vous êtes préoccupé. Si vous ressentez les symptômes physiques de votre anxiété, alors votre corps n’a pas d’endroit où aller pour profiter d’expériences sexuelles, ou même pour penser au sexe », a déclaré Vowels.

Il y a, cependant, des personnes pour qui le sexe est un excellent moyen de soulager le stress et de faire face à l’anxiété. Pour eux, l’éco-anxiété peut en fait augmenter les pulsions sexuelles. Cela peut être particulièrement vrai pour les personnes engagées dans des relations et sous une forme quelconque de contrôle des naissances, car elles n’ont pas à s’inquiéter de tomber enceinte ou d’utiliser des préservatifs pour éviter les MST.

Mais même les relations engagées ne sont pas hors de portée de l’éco-anxiété. En effet l’éco-anxiété peut également affecter la relation entre un couple, surtout si l’un s’investit davantage dans la lutte contre le changement climatique, et que l’autre y est indifférent(e). La personne qui est plus éco-consciente peut finir par se sentir coupable d’être avec quelqu’un qui ne fait pas autant pour l’environnement, tandis que la personne qui est moins éco-consciente peut finir par en vouloir à son partenaire de lui empêcher de vivre pleinement sa vie.

« Quand vous pensez à fusionner deux personnes dans une relation, c’est déjà un peu compliqué. Mais si vous ajoutez cela à la façon dont deux personnes vont naviguer vers un avenir plus vert en tant que couple, cela rend les choses plus difficiles », a déclaré Nakpil.

Pour les couples qui ne sont pas sur la même longueur d’onde verte, la psychothérapeute conseille d’avoir un dialogue ouvert sur leurs priorités, de comprendre les points de vue de chacun et d’accepter un certain niveau de différence avec leurs partenaires, puis de décider si cette différence est quelque chose qu’ils peuvent contourner ou pas.

Nakpil admet qu’il peut encore être difficile d’équilibrer son souci de l’environnement avec les réalités de la vie quotidienne et des relations, mais elle est impatiente de continuer: “À ce stade, je ne sais pas comment désactiver [mon éco-conscience], et je ne veux pas non plus”, a-t-elle conclu.

Notis©2021

Par Sidney Usher