Selon des experts en démographie, un meilleur accès au contrôle des naissances pourrait ralentir la croissance démographique et réduire de 40% les émissions de gaz à effet de serre dans le monde.

C’est une approche à la fois originale et radicale, car -jusqu’à présent- l’accès universel à la contraception pour éviter les grossesses non désirées et lutter contre le changement climatique n’a fait l’objet d’aucune étude sérieuse. Le lien de causalité entre la crise climatique et la croissance démographique était largement ignoré.

Facteur clé

Les solutions traditionnelles proposées pour lutter contre le changement climatique se sont concentrées sur la réduction des émissions et l’inversion des effets du réchauffement planétaire.

Cependant, les experts affirment que l’urgence de la crise climatique mondiale – et le manque de volonté politique pour y remédier – appellent d’autres solutions.

Les démographes, membres d’une association d’utilité publique, « conseil pour la population », basée à New York, contestent l’approche traditionnelle adoptée pour faire face à la grave menace que représente le changement climatique : «Le débat politique controversé en cours sur les interventions potentielles est axé sur le passage aux sources d’énergie renouvelables et l’augmentation de l’efficacité énergétique. Mais compte tenu de l’urgence du problème et du manque de volonté politique, il convient d’accorder une priorité plus élevée à d’autres approches visant à limiter les émissions de gaz à effet de serre », on affirmé les chercheurs.

“Améliorer l’accès à une contraception efficace est l’une de ces politiques jusqu’ici largement ignorées par la communauté internationale du climat”, ont ajouté les démographes.

Les politiciens, leaders et décideurs conscients de la catastrophe inexorable vers laquelle l’humanité va tout droit devraient donc considérer la contraception dans leurs discussions, car la croissance démographique est un facteur clé du changement climatique.

Il a été démontré que la disponibilité accrue et l’utilisation plus efficace de la contraception réduiraient le nombre de grossesses non planifiées, qui est une source majeure de la croissance de la population.

En outre, selon les chercheurs, davantage d’hommes et de femmes choisiraient d’utiliser une contraception si elle était plus largement disponible et acceptée par la société.

Grossesses non désirées

La population mondiale devrait augmenter de 3 milliards d’ici 2100, pour atteindre un total de 11 milliards. Cette croissance augmentera le taux d’émissions de gaz à effet de serre, faisant du réchauffement de la planète un défi encore plus insoluble dans les décennies à venir.

“Un ralentissement de la croissance démographique future pourrait réduire les émissions à l’échelle mondiale d’environ 40% ou plus à long terme”, ont écrit les chercheurs.

Il y a environ 99 millions de grossesses non désirées chaque année, ce qui représente environ 44% du total mondial.

La moitié des grossesses forcée ou non désirées aboutissent à un avortement provoqué, l’autre moitié est constitué par des naissances non planifiées ou des fausses couches.

Plusieurs enquêtes ont montré qu’une proportion importante de femmes mariées – plus de la moitié dans certains pays – risquait des grossesses non désirées en ne pratiquant pas une contraception efficace.

Parmi les obstacles à l’accès à la contraception, pour les femmes pauvres, figurent les coûts relativement élevés des contraceptifs et le manque d’accès aux services appropriés et compétents.

Cependant, selon les auteurs, la lourdeur des normes sociales et traditionnelles (désapprobation des maris, inefficacité des moyens disponibles et les mythes entourant la grossesse) sont autant d’obstacles à l’utilisation des moyens contraceptifs.

La femme doit exercer ses choix en matière de procréation

Bien que les chercheurs s’attendent à ce que les scientifiques développent plus d’options de contraception à l’avenir, il faut agir dès maintenant, ont-ils déclaré.

Ils appellent à des campagnes médiatiques adaptées à la culture locale, des investissements dans l’éducation, l’émancipation politique de la femme et  plus d’opportunités d’emploi pour tous.

Cette nouvelle approche devrait aider à asseoir un rôle plus important des femmes dans la société et leur capacité à exercer des choix en matière de procréation.

“Cela aurait à son tour un impact positif profond sur le bien-être humain, le climat et l’environnement”, conclurent les chercheurs

Notis©2019

Par Mary Maz.

Sources : « Climate change and contraception » by John Bongaarts & Régine Sitruk-Ware