Barry Harris, Pianiste et ambassadeurs du Bebop, un mouvement flamboyant de l’histoire du Jazz,  est décédé le mercredi 08 décembre 2021, à l’âge de 91 ans. Son décès, dans un hôpital, aurait été causé par des complications consécutives à la Covid-19, exacerbant un certain nombre de problèmes de santé sous-jacents.

Depuis son adolescence jusqu’à ses derniers jours sur la terre, Barry Harris a joué, enseigné et fait des tournées avec un dévouement sans faille. Son « évangélisation » sans relâche du Bebop a contribué à jeter les bases d’une Académie Internationale de la Musique Noire.

« Docteur » Harris

Cependant, très attaché à son indépendance, Barry Harris n’a jamais rejoint le corps professoral d’une grande institution, choisissant plutôt de s’engager dans des actions informelles, de proximité sur le terrain, pour convertir des étudiants de tous âges, issus de toutes les couches sociales.

Membre actif de la scène florissante de Detroit à la fin des années 1940 et 1950, Barry Harris a côtoyé les plus grands créateurs du jazz contemporain, notamment le vibraphoniste Milt Jackson ; le guitariste Kenny Burrell ; les frères Jones (le batteur Elvin, le pianiste Hank et le trompettiste Thad) ; le saxophoniste Yusef Lateef ; le pianiste Tommy Flanagan.

M. Harris considérait le « Hard Bop » comme le sommet de la création musicale : « Nous croyons en Bird, Diz, Bud. Nous croyons en Art Tatum. Nous croyons en Coleman Hawkins », a-t-il déclaré s à ses étudiants plus tard dans la vie, citant le nom des pères fondateurs du bebop. « Ce sont les gens en qui nous croyons. Rien d’autre ne nous a influencés », a-t-il poursuivi.

M. Harris a été nommé National Endowment for the Arts Jazz Master en 1989. Il a reçu plusieurs doctorats honorifiques et était souvent appelé par ses amis et étudiants « docteur ».

Il a enregistré plus de deux douzaines d’albums, dont une série de réalisations célèbres dans les années 1960 pour les labels Prestige et Riverside. Tous ces LP le présentaient soit dans de petits ensembles soit seul au piano, démontrant son sens harmonique aigu et son sens inébranlable pour les rythmes polyvalents.

Un accident vasculaire cérébral en 1993 a légèrement limité sa mobilité au clavier, mais cela passait inaperçu. Avec l’âge Barry Harris a développé une posture voûtée et captivante. Lorsqu’il s’asseyait au piano, penché avec amour sur les touches, le regard étincelant, puis les yeux fermés, son intuition, sa bonhommie et sa générosité irradiaient.

Les « règles » Harris

Barry Doyle Harris est né le 15 décembre 1929 à Detroit, le quatrième des cinq enfants de Melvin et Bessie Harris. Sa mère, pianiste dans une église baptiste, a commencé à lui apprendre les rudiments de l’instrument à l’âge de 4 ans.

Presque immédiatement après avoir appris les bases du Bebop, le jeune Barry est devenu une sorte d’érudit du mouvement, construisant une pédagogie autour de la musique que Dizzy Gillespie, Charlie Parker, Thelonious Monk, Bud Powell et leurs camarades avaient inventé ensemble à Harlem.

Les musiciens, y compris les plus d’expérimentés, ont participé aux symposiums improvisés du « Docteur » Harris, dans l’espoir de s’imprégner de ce qu’il a appelé ses «règles» : des exercices et des cadres qui pourraient les aider à décomplexer la complexité – mais souvent non écrites — des structures du bebop.

« J’ai inventé des règles pour que les musiciens puissent s’entraîner » a-t-il déclaré au Daily News de New York en 2012. Son processus en tant qu’instructeur était tout aussi improvisé que ses performances. « Le regarder en action, c’est être témoin de la tradition orale à son paroxysme », a écrit le critique Mark Stryker à propos de M. Harris dans son livre « Jazz From Detroit ».

À partir de 1974, M. Harris a organisé des ateliers hebdomadaires intensifs à New York, ouverts aux étudiants adultes de tous âges pour un prix relativement bas. Les étudiants pouvaient acheter des laissez-passer pour une soirée ou payer pour une année entière.

En 1982, M. Harris a ouvert le Jazz Cultural Theatre, un espace polyvalent dans le quartier de Chelsea à Manhattan (New York), où il a donné des cours sept jours sur sept et a organisé des spectacles le soir. Lors de certaines de ces représentations, il a présenté une chorale composée d’enfants du quartier.

Ne réalisant pas de bénéfice régulier, le théâtre a fermé après cinq ans lorsque le loyer a grimpé, mais M. Harris a simplement déménagé son entreprise ailleurs et a continué à enseigner dans les écoles publiques, les centres communautaires et à l’étranger.

Barry Harris n’a pas cessé d’enseigner « ses règles », jusqu’à ce que la pandémie y mette fin en mars 2020. Mais, il reprit son évangélisation via le Zoom en janvier 2021.

Au fil du temps, les étudiants de Barry Harris se sont déployés à travers le monde et se sont engagés à poursuivre son œuvre. Avec sa bénédiction, un ancien étudiant a créé un site aménagé en Espagne, appelé le « Théâtre culturel de jazz de Bilbao ».

Notis©2021

Par Sidney Usher