Stanley Cowell, un pianiste de jazz d’une virtuosité et d’un éclectisme remarquables, dont la musique s’inspire des styles africains, classiques et expérimentaux tout en restant dans la tradition, est décédé le 17 décembre 2020. Sa mort serait consécutive à un choc hypovolémique, une perte soudaine de sang et d’autres fluides vitaux.

Stanley Cowell a élargi le vocabulaire du jazz avec une approche qui était à la fois cérébrale et intuitive.

Art

Stanley Allen Cowell est né le 5 mai 1941 à Tolèdo, la quatrième ville de l’État de l’Ohio, aux États-Unis. Ses parents possédaient un restaurant et un hôtel qui était un lieu de rassemblement fréquent pour quiconque voulait voir jouer des Jazzmen célèbres de passage.

Stanley Cowell s’est montré très prometteur au piano; à 6 ans, il rencontra Art Tatum, natif lui aussi de Tolèdo et souvent considéré comme le plus grand virtuose du piano de l’histoire du jazz.

Stanley Cowell s’est émerveillé de la capacité physique de Tatum à pousser l’instrument dans ses derniers retranchements. L’immense pianiste a été le premier grand inspirateur et le moteur qui l’a poussé à poursuivre une carrière professionnelle.

Art Tatum fut pour Stanley Cowell “le maitre à penser et faire de la Musique”

Tout en dirigeant des combos (petits orchestres) de jazz dans des clubs locaux, Stanley Cowell poursuivit des études de théorie musicale, se concentrant en particulier sur la musique classique. Après avoir obtenu son diplôme du conservatoire de musique de l’ « Oberlin College » de l’Ohio en 1962, il étudia dans plusieurs autres temples de formation musicale, dont l’Université Mozarteum de Salzbourg en Autriche. En 1966, il obtint une maîtrise en interprétation de piano classique délivrée par l’Université du Michigan, puis déménagea à New York pour s’implanter durablement dans le monde du Jazz.

« Anthropology »

Stanley Cowell a à son actif plus de 30 enregistrements en tant que leader. Il est également apparu sur des enregistrements et dans des performances sur scène avec d’innombrables grandes figures du jazz.

Déjà dans les années 1960 il se fit une solide réputation en travaillant avec le trompettiste Miles Davis et le saxophoniste Rahsaan Roland Kirk. Il était également membre d’un groupe influent dirigé par le batteur Max Roach.

Compositeur prolifique et interprète fin, Stanley Cowell a écrit plusieurs airs pour l’album de Max Roach, dont «Members, Don’t Git Weary», «Equipoise» et «Effi», qui ont été largement interprétés par d’autres Jazzmen.

Stanley Cowell avait un pied fermement dans la tradition du jazz et un autre dans l’avant-garde. Il a souvent interprété des standards et des classiques du jazz, mais de manière nouvelle et inattendue. Par exemple, il a ralenti le tempo du classique du bebop “Anthropology” de Charlie Parker, l’a réinventant comme une ballade.

Réservé et digne à sa manière, Stanley Cowell pouvait jouer du piano avec un mélange d’exubérance et d’introspection. Il pouvait passer de «Carolina Shout», une composition de James P. Johnson, des années 1920 à des œuvres originales et harmoniquement denses tirées de la musique classique et du jazz expérimental.

“Toujours dramatique”, la musique de Stanley Cowell “n’est jamais prétentieuse, jamais affligée par une indulgence mystérieuse et élitiste qui se présente comme une signification cosmique à ne comprendre que par quelques élus”, écrit le critique de jazz, Owen McNally, en 2013.

« Regeneration »

Le premier album de Stanley Cowell, sorti en 1969, était intitulé «Blues for the Viet Cong», et sa musique suggérait souvent des idées sociales ou des éléments de l’histoire et de la fierté des Noirs.

Son album de 2015, «Juneteenth», est une suite de compositions originales pour piano solo inspirées de la lutte afro-américaine pour l’autonomisation et la liberté.

Au cours des années 1970, M. Cowell a participé à la fondation du « Collective Black Artists Inc. », une association visant à donner aux musiciens de jazz un plus grand contrôle sur leurs compositions, enregistrements et salles de spectacle. Avec le trompettiste Charles Tolliver, collaborateur musical de longue date, il lança « Strata-East », une maison de disques indépendante appartenant à des artistes. Stanley Cowell a réalisé des enregistrements en solo pour le label et a collaboré à d’autres albums avec Tolliver et le saxophoniste Clifford Jordan.

Un enregistrement de 1975, «Regeneration», mêlait des instruments occidentaux et africains de manière imaginative.

En même temps, Stanley Cowell explorait d’autres concepts musicaux, y compris le « Piano Choir », un groupe de neuf pianistes et autres musiciens sur une seule scène, créant des effets sonores époustouflants. Il a développé l’idée après avoir appris que James Reese Europe, un chef d’orchestre afro-américain du début du XXe siècle, avait autrefois donné un concert pour 14 pianos. “Je pensais que c’était une possibilité qui n’avait pas été exploitée dans le jazz moderne”, a déclaré Stanley Cowell dans un entretien de 2000.

Keystone