Maria Golia, qui dirigeait autrefois un centre des arts du spectacle à Fort Worth, aborde habilement l’histoire complexe de cette région, évoquant à la fois les horreurs perpétrées par le mouvement nazi Ku Klux Klan et la force vibrante affirmative déployée dans des églises baptistes et pentecôtistes de la communauté afro-américaine.

C’est dans cette ferveur religieuse qu’Ornette  Coleman a grandi. L’émotivité tranchante et pénétrante de la musique du dimanche matin que Coleman a connue lorsqu’il était jeune – des sons qui font bouger l’âme par le biais du corps – ont eu un impact durable et définitif sur sa musique.

John Wallace Carter, un musicien et compositeur qui a fréquenté l’école secondaire avec Coleman, a décrit l’influence de cette expérience religieuse dans une interview que Maria  Golia cite: «Plongeant dans mes souvenir  à la recherche d’un matériel thématique… Je reviens souvent aux scènes de ma petite enfance. J’aimerais pouvoir transmettre la puissance brute de mon pasteur baptiseur… »

Le premier album qu’Ornette Coleman a enregistré, pour le petit label de Los Angeles, « Contemporary Records », en 1958, était intitulé « Something Else !!!! ». Cette ponctuation n’était pas superflue : La musique d’Ornette Coleman est bien conceptuellement exclamative.

Bien que l’instrumentation soit celle d’un quintette de bebop standard – saxophone alto (Coleman), cornet (Don Cherry), piano (Walter Norris), basse (Don Payne) et batterie (Billy Higgins) – la musique proposée semblait défier tous les principes de base (de l’orchestration et histoire) du jazz. Il n’y avait pas de schémas d’accords discernables et pas de sauts de section réservés aux solos. En sus, il y avait peu de développement mélodique ou thématique.