Le rituel réparateur s’inscrit donc dans un échange à l’aboutissement duquel offenseur et offensé coopère étroitement.

Analysant la teneur de cet échange, le sociologue Erving Goffman  en a déduit quatre mouvements: *la « sommation » par laquelle on signale la faute commise (le silence qui s’établit après une gaffe ou devant un vase cassé);

*l' »offre » d’excuse présentée par l’offenseur,

*l' »acceptation de l’offre » (« je vous en prie ») par l’offensé ;

*et la « gratitude » (sourire contrit) exprimée par l’offenseur.

Dans la vie courante, lorsque l’offense est de peu d’importance, cet échange se réduit à deux répliques: « Excuses-mois »/ « Je vous en prie ».

Fonctions

Présenter ses excuses est une sorte d’acte de mortification symbolique: on se reconnait coupable, on s’offre volontairement au châtiment. Cette façon d’agir a pour conséquence de se placer en position « basse » par rapport à son interlocuteur. Mais c’est aussi lui donner l’occasion de montrer sa magnanimité.

Mais là encore, le rituel sert aussi à confirmer un certain ordre social. Inscrire la réparation dans un échange, c’est en effet marquer symboliquement que l’accord et le lien priment sur les aléas de la vie.

Le rituel des excuses, parce qu’il nécessite la collaboration de l’offenseur et de l’offensé, est bien une occasion supplémentaire de célébrer la convivialité, en confirmant à chacun sa place et le respect qu’on lui doit.

Dans les situations de risque d’éclat, de rupture ou de rejet est particulièrement important, voire indispensable que chacun marque sa volonté de revenir à l’équilibre normal. Autrement, le simple malentendu se transformerait en un grave conflit générationnel.