James Hansen témoignant devant le Sénat, à Washington, le 23 juin 1988

Le physicien James Hansen, à l’époque directeur du Goddard Institute for Space Studies de la National Aeronautics and Space Administration (NASA), a déclaré à un comité du Sénat américain que «le réchauffement climatique est maintenant suffisamment important pour que nous puissions attribuer -avec un degré de confiance élevé- la relation de cause à effet avec l’effet de serre. Avec une certitude de 99%, nous pouvons affirmer que la chaleur actuelle s’inscrit dans une véritable tendance globale au réchauffement».

Ces affirmations datant de 1988, année d’une vague caniculaire, ont fait la une des journaux du monde entier et on peut dire qu’elles ont lancé le débat public et politique sur le réchauffement climatique (la discussion scientifique était déjà bien engagée) qui se poursuit encore à ce jour.

A l’époque les climatologues -dans une majorité manifeste- pensaient que Monsieur Hansen s’était exprimé trop vite : « avec plus de conviction que de raison », « cette certitude n’était justifiée »… En effet, l’article scientifique sur lequel Hansen a basé son témoignage mentionnait « il n’est pas encore certain que les températures chaudes des années 1980 soient le produit de l’effet de serre ». L’article, écrit par Hansen avec sept co-auteurs, a été publié dans le « Journal of Geophysical Research », dans l’édition du mois d’août 1988.

Pourtant, le document spéculait que « cela pourrait devenir clair bientôt », et a fourni des prévisions détaillées (dont Hansen a également discuté brièvement dans son témoignage au Sénat) de combien de degré les températures mondiales pourraient augmenter selon trois scénarios d’émissions de gaz CO2. Ses prévisions annuelles s’étalaient jusqu’au seuil de l’année 2020.

Aujourd’hui, avec suffisamment de recul, on peut donc juger de la véracité des assertions de James Hansen sur le changement climatique.

Le scénario A, qui supposait que les taux de croissance des émissions de gaz à effet de serre des années 70 et 80 «continueraient indéfiniment», se révèle être loin d’être positif.

Le scénario C, qui envisageait des «réductions draconiennes des émissions», est loin de la réalité actuelle.

Le scénario B, en revanche, dans lequel les taux de croissance des émissions de gaz à effet de serre auraient ralenti «de telle sorte que l’augmentation annuelle de réchauffement climatique reste à peu près constant», est définitivement sur la voie de sa réalisation.

En 1988, Hansen et ses co-auteurs ont qualifié le scénario B de «peut-être le plus plausible des trois cas», il semble donc être le plus juste. Le scénario B se révèle avoir prédit assez précisément l’augmentation du dioxyde de carbone atmosphérique jusqu’en 2019. Ses prévisions de température sont néanmoins un peu élevées car elles ont surestimé les concentrations atmosphériques de méthane – qui s’est révélées extrêmement difficiles à prévoir – et de chlorofluorocarbures, qui ont commencé à se stabiliser puis à décliner plus rapidement que quasiment tout le monde s’attendait après le Protocole de Montréal de 1987 sur les substances qui appauvrissent la couche d’ozone.

Dans un article publié dans « Geophysical Research Letters » au début de l’année 2020, trois co-auteurs ont reconnu que «les résultats du scénario B sont cohérents avec les observations actuelles». Ils ont souligné la méthode utilisé par Hansen et ses co-auteurs en 1988 pour prédire que le réchauffement serait provoqué par des concentrations accrues de gaz à effet de serre, est à saluer ce travail, même si  l’équipe de Hansen n’a pas pu prédire avec une précision parfaite quelles seraient ces concentrations.

Cependant, dans article paru dans la « lettre des géophysiciens », le professeur Hausfather et ses collègues ont apporté des corrections similaires à 15 autres prévisions détaillées de réchauffement faites de 1970 à 2007 et ont constaté que tous sauf trois s’étaient montrés «habiles» à extrapoler les changements de température à partir des concentrations de gaz à effet de serre.

Cela étant, il convient de noter qu’en 2012, alors que les températures moyennes mondiales avaient à peine augmenté pendant une décennie, ces prévisions de réchauffement n’étaient pas si précises. Mais, on savait que quelque chose ne tournait pas rond. Puis, des climatologues venus de nulle part sont apparus trottant des explications alternatives allant de la variabilité décennale de l’océan aux minuscules particules dans l’atmosphère aux problèmes de température record. Ensuite, après trois années les plus chaudes d’affilée, tout le monde arrête ou fait semblant d’en parler parce que « le changement climatique, c’est stupide ».

La science sur le changement climatique n’est pas entièrement fixée. Les chercheurs semblent en être aux premiers stades de la détermination de la manière de prévoir les changements climatiques induits par les gaz à effet de serre, au-delà de la simple augmentation des températures moyennes mondiales – et certains de ces changements peuvent tout simplement ne pas être prévisibles.

Mais cela fait plus de 125 ans que le physicien suédois, Svante Arrhenius, a émis l’hypothèse que des concentrations atmosphériques de dioxyde de carbone plus élevées entraîneraient des températures mondiales plus élevées, et plus 50 ans que les scientifiques ont commencé à construire des schémas climatiques détaillés autour de cette notion.

Le climatologue James Hansen, qui s’est exprimé sur les dangers du changement climatique, a été arrêté en 2010

Lorsque James Hansen a déclaré en 1988 qu’il était pratiquement certain que les humains réchauffaient le climat de la terre, il a été banni du cercle de la climatologie. Ce paria n’a cependant pas encore dit son dernier mot.

Notis©2020

Par Sidney Usher