Sonny Rollins est incontestablement une légende vivante, une figure sur la courte liste des plus grands artistes vivants. Son vaste répertoire, sa foisonnante intelligence, sa profonde spiritualité, son talent d’improvisation illuminent son jeu du saxophone.

L’homme, né le 07 septembre 1930 à New York, a très probablement soufflé sa dernière note en public. Le diagnostic de la fibrose pulmonaire -qu’il a lui-même annoncé- fait de cette incapacité une quasi-certitude.

Sonny Walter Rollins laisse derrière lui une carrière colossale, longue de 66 ans, meublée d’enregistrements majeurs et de performances « live » (concerts) jubilatoires.

Forcé de poser définitivement -interdit de jouer- « sa vielle corne », Sonny Rollins a également fait don de ses immenses archives personnelles au Centre de recherche sur la culture noire de Schomburg, à New York. Un don qui, selon le colosse du saxophone, ne devrait pas être mis au même enseigne que sa Musique.

Voici un extrait de cette entrevue paru sur son site officielle.

Rétroflexions

« Depuis que je suis incapable de souffler dans un saxophone, dit Sonny, la vie  est devenue une réflexion. Je réfléchi sans cesse à ce que j’ai fait musicalement, à ce que j’aurais pu faire, à ce que je pourrais faire… Je suis assailli par des questions du genre : Quel est le sens de la vie? Pourquoi suis-je ici? Qu’est-ce que je suis censé faire?… »

« A force de chercher, je suis parvenu à la conclusion que la vie ne se résume pas aux mots très usité, comme « plaisir », « profit »… Je déteste le verbe «profiter», parce que pour moi, la vie n’est pas une question de plaisir, où l’objectif est d’obtenir quelque chose pour vous-même. Ce n’est pas pourquoi nous sommes ici. La raison de la vie, pour moi, est de donner. Donner, c’est ce qui me procure du bonheur. Rendre les autres heureux est la meilleure chose à faire sur cette terre. Ma vie est guidée par ce type de réflexion, du moins depuis quelques années maintenant. Peut-être que toute ma vie s’est passé sous ce mode d’emploi »

Dépression

« Il y a quelque temps, on m’a diagnostiqué une fibrose pulmonaire. Le médecin m’a dit que si je continuais de jouer du saxophone, je serais affaibli et vraiment malade après. Alors j’ai dit: « Dommage, je ne peux pas souffler dans cet instrument que j’ai trainé partout et qui a donné un sens à mon existence… » Puis, j’ai traversé une période de dépression; J’étais vraiment tombé très bas. J’avais été, grâce au saxophone, dans une quête vitale : essayer de réaliser mon potentiel musical et humain. Ne plus pouvoir jouer du saxophone c’est mettre fin à une quête existentielle. »

« Je suis finalement sorti de ma dépression quand j’ai réalisé que plutôt que d’être déprimé, je devais être reconnaissant envers les bienfaits que la vie m’a accordés.

J’ai eu l’opportunité de vivre une vie de musicien, ce que j’ai toujours rêvé de faire. J’ai même été en mesure d’obtenir une certaine reconnaissance – c’est un cadeau inespéré et merveilleux. Je ne voulais pas être comme un enfant gâté et me dire  » je n’ai pas eu tout ce que je voulais sous le sapin de Noël. » Cela aurait été égoïste de ma part de penser ainsi. J’ai décidé de ne pas m’apitoyer sur mon sort. Une fois que tous ces sentiments positifs ont germé dans mon esprit, j’ai pu sortir de ma dépression et accepter la nouvelle et définitive donne ».