Dans le roman de Harry Sinclair,  « It Can’t Happen Here » (« Ça ne peut arriver ici ») paru en 1935, Buzz Windrip, un analphabète-inculte se présente à l’élection présidentielle. Il promet de rendre un pays en plein marasme, fier, riche et sûr à nouveau. Elu Président des États-Unis, il établit, en quelques mois, une dictature qui débouche sur l’effondrement du pays et la guerre civile.

Plus de huit décennies plus tard, ce morceau de fiction du passé ressurgi dans l’actualité. En effet, après la victoire spectaculaire de Donald Trump, « It Can’t Happen Here » (« Ça ne peut arriver ici ») est (pourtant) devenu un best-seller en ligne.

Le nouveau souffle de ce livre reflète le regain d’intérêt pour l’une des décennies les plus sombres du XXe siècle. L’amalgame entre l’époque actuelle et l’époque « morbide » des années 1930 est soulevée par certains et balayée par d’autres. Après l’élection de Trump, « nous sommes confrontés à un moment cataclysmique », a souligné Simon Schama, historien britannique, rappelant que le champion des nazis, Adolphe Hitler, est arrivé au pouvoir via les urnes dans les années 1930. Antony Beevor, un autre spécialiste de l’histoire européenne, a exprimé un avis contraire, selon lui « Il est trop facile de tomber dans la tentation du parallélisme historique ».

Est-ce bien raisonnable -face à la montée en occident de l’ultra-nationalisme, la xénophobie et l’anti-élitisme- de s’inquiéter du retour de « l’âge morbide » ? Oui et Non, car les similitudes sont frappantes mais pas décisives.

Des similitudes frappantes…

La Grande Dépression des années 1930, déclenchée par le crash de Wall Street en 1929, fait écho à la crise financière mondiale (2007 – 2011) causée par le crash des « subprime » (crédits immobiliers à haut taux).

En colère contre l’élite financière et politique, les travailleurs en difficulté ou au chômage dans les années 1930 étaient eux aussi affligés et désespérés face à une crise qui remettait ouvertement en question de l’avenir de leurs enfants. Dès lors, beaucoup d’entre eux accusèrent « les étrangers » d’être venu usurper leur richesse et détériorer leur passé glorieux.

Dans les années 1930, la menace était le communisme, aujourd’hui c’est l’islam radical.

L’expansion de la navigation transatlantique, du courrier aérien, de la radio, de la production industrielle de masse et du cinéma hollywoodien a donné une impression d’accélération du temps et de rapprochement du monde. L’historien français, Pascal Blanchard, a écrit que les années 30, qui marquent « le début de la mondialisation », ont engendré les mêmes inquiétudes culturelles et économiques qui celles qui sont visibles aujourd’hui.

Désemparés par la crise de 1930, les gouvernements occidentaux ont réagi en essayant de protéger leurs économies avec des tarifs et des barrières, déclenchant une guerre commerciale internationale. De l’autre côté du monde, un pouvoir nationaliste asiatique avec des ambitions territoriales a ajouté aux préoccupations du moment.

Hier c’était l’impérialisme Japonais, aujourd’hui c’est l’hégémonie asiatique.

En 1932, un chancelier d’extrême droite arriva au pouvoir détruit la démocratie du pays. Le fascisme se répandit en Allemagne sur fond de vengeance, suite à l’humiliation de la Première Guerre mondiale. La Russie de Vladimir Poutine, affligée par le déclin de l’Union soviétique, serait-elle le visage moderne de cette Allemagne des années 1930 ?