Un nombre de plus en plus important de réfugiés ivoiriens s’installent dans un pays voisin, le Libéria. Le retour à une vie normale dans leur pays d’origine est hypothéqué par des violences qui surgissent par intermittence et minent les lueurs d’espoir.

Djéwé L’or Gueï baignait sa petite fille quand des tirs ont éclaté dans son village en Côte d’Ivoire en août 2012. Elle n’a pas su qui tirait ou pourquoi tout le monde criait. Avec sa fille âgée d’un an et deux autres enfants en bas âge, dans la confusion, elle et son mari se sont enfuis par des chemins différents. Gueï est devenue réfugiée dès qu’elle a franchi la frontière séparant son pays, la Côte d’Ivoire, et le Libéria, en voulant échapper aux affres de la guerre déclarée par les autorités ivoirienne, il ya plus d’une année.

Au camp de réfugié de Duogee, Gueï a raconté sa mésaventure. Elle a décrit comment elle et les siens ont passé les cinq jours suivants marchant à travers la forêt dense, survivant en s’alimentant d’eau de rivière et de racines et feuilles de manioc cru*. Le 18 août, elle a atteint Duogee et y a trouvé des membres de son famille, mais aucun signe de son mari.
Depuis lors, les difficultés et retards rencontrés pour s’inscrire à l’agence des Nations Unies pour les réfugiés (UNHCR) l’ont empêché avec ses trois enfants de recevoir des rations mensuelles de nourriture. Gueï a reconnu que, pour la première fois dans sa vie, elle a été réduite à la mendicité. Au village, elle possédait sa propre ferme et s’adonnait à d’autres activités pour entretenir toute la famille. Cette perte l’incite à soupirer toute la journée. La seule chose dont elle est heureuse est d’être encore en vie.

Des milliers de morts

A la fin du mois de novembre 2010, l’ex Président Ivoirien, Laurent Gbagbo, avait refusé de reconnaitre sa défaite aux élections pourtant certifiés par la communauté internationale. L’ONU, notamment, avait reconnu que ces élections, plusieurs fois reportées, étaient libres et transparentes, ainsi que la victoire l’opposant, Alassane Ouattara. Il s’en suivit une guerre civile qui dura 09 mois et engendra la perte de plus 3 000 vies humaines, jusqu’à l’arrestation de Laurent Gbagbo, le 11 avril 2011.

Cependant, les changements opérés à la tête de l’Etat n’ont pas mit fin aux hostilités en Côte d’Ivoire.
Deux incidents ont suscité la réaction de la communauté internationale. Le 08 juin 2012, sept casques bleus du maintien de la paix de l’ONUCI ont été tués dans une attaque frontalière prétendument lancée du Libéria. Ensuite, le 06 août 2012, veille du 52ème anniversaire de l’indépendance du pays, une bataille de plus de trois heures au sein d’un camp militaire à Abidjan, la capitale économique, a fait huit morts.
Ces violences par intermittence ont poussé de nombreux ivoiriens à franchir la frontière pour trouver refuge au Libéria.

Ne pas bouger

Selon le l’UNHCR, à la fin du mois septembre 2012, plus de 64 000 Ivoiriens vivaient dans six camps de réfugié au Libéria et certains centres d’accueil. Si ce chiffre est significativement inférieur aux 224 000 répertoriés en juin 2011, les rapatriements ont subit un lourd ralentissement. Au mois de mai, 10 300 Ivoiriens sont retournés chez eux. Puis ce chiffre est descendu à 239 en juillet et 147 en août.