Les gémissements de plaisir ne se limitent pas à une chambre à coucher ; on les entend partout :
Nous gémissons quand la nourriture est délicieuse, parfois même avant de la dévorer. Nous gémissons quand notre équipe marque un but. Nous gémissons quand la Musique est bonne

Pourquoi gémissons-nous? Pourquoi des sensations agréables nous font adopter le langage des primates? Sommes-nous prédisposés à manifester vocalement notre plaisir?

Des recherches réalisées par des spécialistes fournissent des pistes intéressantes :

Le tennis  

La professeure Lorraine McCune, qui étudie le grognement des amoureux depuis 1987, a expliqué dans l’un de ses travaux que « le grognement est une réponse physiologique à l’effort ». Plus précisément c’est un épiphénomène qui survient lorsque le corps humain a besoin d’avantage d’oxygène : « Ce système de sous pression rallonge la phase d’expiration de la respiration et améliore l’oxygénation du sang. L’expiration à l’intérieur de paroi rétrécie produit des impulsions sonores.  »
McCune fait le parallèle avec les joueurs de tennis qui grognent souvent lorsqu’ils frappent une balle avec une raquette. Une interdiction de pousser des grognements sur le court de tennis nuirait au jeu. « Quand vous écrasez le grognement », a-t-elle dit, « vous devez utiliser de l’énergie supplémentaire ». D’autres recherches vont dans le sens de Madame McCune. Par exemple, des chercheurs de l’Université du Nebraska Omaha ont constaté que les joueurs professionnels de tennis augmentent la vitesse de la balle de 3,8% s’ils crient avant ou pendant qu’il la frappe avec une raquette.
Pour résumer cette théorie, on dirait que pendant les rapports sexuels, les personnes qui vocalisent avec enthousiasme produisent plus d’énergie dans la besogne.

La mouette
Barry Komisaruk, un neuroscientifique et auteur de « La science de l’orgasme », n’est pas de cet avis : « Pas question » dit-il. « Les bruits sexuels sont une réponse physiologique à l’effort fourni. » Comme argument, il prend les mouettes en exemple : « Quand une mouette commence à décoller, elle bat des ailes. Chaque fois qu’une mouette bat des ailes, ça fait « Ahh ahh ahh, ». La vocalisation est synchronisée avec le mouvement car l’effort crée du son. C’est là que cela devient intéressant: ce qui commence comme un simple bruit de voix évolue rapidement pour signifier beaucoup plus. Un membre du troupeau des mouettes qui entend « ahh ahh ahh » va l’interpréter comme un signal indiquant que son pote est sur le point de décoller. Le son est une forme de communication, même si ce n’était pas l’intention première ».

Pour ce neurologue, l’histoire du « ahh ahh ahh » des mouettes est la même que celle des sons sexuels. Ils ont peut-être commencé par une série de petites libérations respiratoires, mais ils ont été adaptés en une forme de communication entre les partenaires. Lorsqu’une femme vocalise pendant le rapport sexuel (mmmm, vas-y, c’est bon…), par exemple, elle informe son partenaire sur son niveau de plaisir.

« Le son est une représentation de l’intensité de l’excitation », a expliqué Komisaruk. « Si un partenaire s’excite en entendant un cri lors d’une relation sexuelle, cela peut être une communication enrichissante entre lui et son ou sa partenaire. C’est un encouragement à recommencer cette expérience et/ou à redoubler d’ardeur. »