Le marché de la mort a de beaux jours devant lui. Loin des caprices des marchés et des plans de rigueur, le marché de la mort ne connaît pas la crise. En Afrique, continent auquel la crise colle à la peau, autant qu’une perte douloureuse, un décès représente une lourde charge financière. Et un business fructueux pour les rares maisons de pompes funèbres légalement constituées. En Afrique, les rites funéraires issus des différents groupes culturels imposent en effet un hommage protocolaire et fastueux au défunt. Pour preuve, le cas du Gabon.

Suivant l’ethnie et la classe sociale, les funérailles peuvent coûter plusieurs millions de francs CFA à la famille du défunt. Un hommage posthume auquel on ne peut se soustraire que très difficilement, qu’il a fallu cotiser, emprunter ou qui a conduit à hypothéquer des biens. Hormis les frais liés à la prise en charge et à l’enterrement du corps, il y a les frais annexes comme la prise en charge des parents et proches pendant la ou les veillées mortuaires.

Des veillées mortuaires au sein des sociétés de pompes funèbres

Traditionnellement, la famille doit accueillir et nourrir les membres de la famille, amis et collègues, une centaine, venus rendre un dernier hommage à la personne décédée. Mais, rares sont les familles qui disposent de logement adéquat (vétusté, inaccessibilité…) pour une telle cérémonie. Dans le cas d’une location, le propriétaire peut refuser que la veillée se fasse chez lui par peur des mauvais esprits. Les maisons de pompes funèbres proposent donc la location d’une salle de veillée
La prise en charge des personnes décédées au Gabon est assurée par deux sociétés basées à Libreville, qui proposent à peu de choses près des tarifs similaires pour les services offerts. Ainsi, les parents du défunt devront dans un premier temps s’acquitter des frais de morgue à hauteur de 10 000 francs CFA la nuit. Ensuite, il faudra organiser la veillée mortuaire. Depuis le début des années 2000, les sociétés de pompes funèbres gabonaises ont découvert un nouveau filon pour renforcer leur chiffre d’affaires : ils proposent d’organiser les veillées mortuaires dans leurs locaux, évitant ainsi à la famille les frais de convoyage du corps au domicile, puis du domicile au cimetière. A cet effet, ces sociétés louent des salles à raison de 150 000 francs CFA pour accueillir la famille et les proches jusqu’à l’aube, avec un supplément de 50 000 francs CFA pour le service du café. En outre, ils proposent également depuis peu la location de tentes et de chaises à raison de 30 000 francs CFA la nuit pour la tente et 250 francs CFA la chaise. Une option qui offre a possibilité aux parents du défunt de recevoir davantage de membres de la famille et amis.

Le coût de convoyage du corps

Vient ensuite le convoyage du corps jusqu’au lieu d’inhumation, soit dans les quelques et saturés cimetières des centres urbains, soit comme c’est également souvent le cas dans le village natal du défunt. Or Libreville regroupant plus de la moitié de la population gabonaise, les convoyages de corps sont fréquents entre la capitale et l’intérieur du pays. Si le défunt était par exemple de Lambaréné, à quelque 130 kilomètres de Libreville, la société de pompes funèbres facturera autour de 250 000 francs CFA. Le prix des couronnes de fleurs varie au Gabon entre 40 000 et 350 000 francs CFA, tandis que les tarifs des cercueils vont de 95 000 francs CFA jusqu’à 1,3 million de francs CFA pour les modèles plus luxueux. Les sociétés de pompes funèbres proposent également des plaques mortuaires dorées à raison de 30 000 francs CFA ou des petites chapelles dont les prix s’échelonnent de 50 000 à 100 000 francs CFA. Enfin, l’option d’habillage du corps vous coûtera 120 000 francs CFA pour les hommes (costume complet) et 180 000 francs CFA pour les femmes (robe).

De manière approximative, en termes de frais directs, des funérailles coûtent au Gabon de 500 000 francs CFA à plusieurs millions pour les familles aisées. Autant dire une véritable mine d’or pour les deux sociétés qui se partagent le marché. Casepga affiche à elle seule un chiffre d’affaires mensuel qui varie entre 30 et 50 millions de francs CFA. Pour les fonctionnaires ou les employés de grosses entreprises, l’enterrement est souvent pris en charge par l’Etat ou par la société, ce qui offre une certaine garantie pour les sociétés de pompes funèbres.

Difficile pourtant pour ces deux sociétés d’absorber la demande à Libreville, où depuis plusieurs années les voix s’élèvent pour dénoncer les capacités insuffisantes des sociétés de pompes funèbres dont les morgues sont souvent saturées.

Jean de Dieu Zok Endong