Vie privée-Vie professionnelle : la confusion
Publication : 3 mars, 2013 > par Sidney Usher | Catégorie(s) : R.H. | Commentaire(s) (3 commentaires)

Trouver un équilibre convenable entre vie professionnelle et vie privée est un défi auquel tous les travailleurs sont confrontés. Autrefois bien délimités, ces deux espaces tendent à se confondre. Il est devenu difficile, voire impossible, de savoir où commence la vie privée et où s’arrête la vie professionnelle? Comment concilier ambitions professionnelles et responsabilités familiales? Entre le désir légitime de gravir les échelons professionnels et la crainte de se laisser phagocyter par son travail, à quel saint se vouer? Beaucoup d’entre nous se posent désormais ces questions.
Le déséquilibre
Une enquête menée par le cabinet spécialisé dans la prévention des risques professionnels, « Technologia », a révélé que la vie privée des salariés pâtit des transformations de la vie professionnelle. Horaires de travail extensibles, usage professionnel croissant des nouvelles technologies, rythmes de travail décalés… autant d’évolutions qui grignotent peu à peu la vie privée des personnes actives. Cette prépondérance de la vie professionnelle est confirmée par une autre étude menée, elle, par Kaspersky Lab et OpinionWay. Selon cette dernière étude, les usages informatiques liés aux sphères personnelle et professionnelle sont si étroitement mêlés qu’il est difficile aux salariés de déterminer leur temps de travail quotidien. Certain d’entre eux ne Sont tout simplement pas en mesure d’estimer le nombre d’heures passées à travailler chaque jour, au sein de l’entreprise ou à domicile. Ainsi, pour 50 % des sondés (61 % des cadres), la vie professionnelle passe avant tout le reste. Et si, pour quelques-uns, c’est un choix, pour beaucoup c’est une contrainte.
Pourtant, interrogés sur leurs véritables aspirations, 90 % des salariées plébiscitent leur vie familiale. Aussi, si le désir d’un meilleur équilibre est réel, le fossé entre les souhaits et la réalité est non-négligeable. « Le temps de la production ne s’arrête plus à la porte de la maison. Du fait de l’utilisation des nouvelles technologies, les périodes de repos et les vacances s’estompent », constate, Jean-Claude Delgenes, directeur du cabinet Technologia. Et de poursuivre : « Chez plus de la moitié des cadres, le travail de nuit (entre 20 heures et minuit) tend à devenir massif. Avec le télétravail, 41 % de nos sondés, jeunes cadres en tête, ont du mal à décrocher, à lâcher prise pour se reconstituer. »
Cette extension de l’activité professionnelle a un effet néfaste sur la vie privée du travailleur. En effet, le résultat sur son couple est net : la nuit qui reste le moment privilégié de l’amour, n’est plus aussi tendre. Mais la vie intime n’est pas la seule à pâtir de cette situation. Culpabilité, divorce, enfants parfois plus difficiles à gérer, surmenage, dépression, fatigue chronique : les conséquences de l’empiètement de la vie professionnelle dans la sphère privée sont nombreuses.
Désacralisation
Face au vide de la croissance économique, le travail est en train de se désacraliser. Il perd sa position centrale. Il n’est plus le seul élément qui permette d’étalonner, sinon de définir et de justifier l’individu. En revanche, l’aspiration à un équilibre de vie, qui offre de s’épanouir plus pleinement, devient légitime. C’est ainsi qu’un récent sondage montre que, pour une majorité écrasante de cadres, l’intérêt d’une fonction et le contexte dans lequel elle s’exerce passent avant la rémunération. C’est comme si la crise avait ouvert les yeux et le cœur humain sur l’essentiel. Le questionnement est neuf. Il ne préoccupait pas les générations précédentes. Peut-être les normes de rentabilité, d’efficacité, les exigences de performances étaient-elles moins inexorables qu’aujourd’hui. Peut-être, aussi, fonctionnait-on sur deux certitudes : celle que l’investissement professionnel illimité n’empiétait nullement sur la vie affective et celle qu’il suffisait amplement à remplir une existence (surtout celle de l’homme, la femme avait son foyer). Ces données sont devenues obsolètes. Et qui peut, de nos jours, affirmer ne vivre que pour son travail sans sacrifier une part importante de lui-même sur l’autel de la réussite ?
Avec la crise qui dure et son lot de chômage interminable, combien sont-ils, ces hommes et femmes, qui ont « tout donné » à leur entreprise, licenciés, jetés dans la rue, pour cause de restructuration, de multinationalisation, et qui se sentent dévalorisés au plus profond d’eux-mêmes ? Beaucoup ont eu du mal à s’en remettre, certains ne l’ont pas pu, mais quelques-uns, le choc passé, ont réfléchi, tout remis à plat et, bien décidés à n’être pas floués une nouvelle fois, ont carrément changé leur échelle de valeurs. Il en est même auxquels le chômage, libérant leur temps, a fait découvrir de nouvelles activités, des liens sociaux qu’ils ignoraient (comme dans la vie associative), une vie affective plus riche.
Notis©2013


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