La célèbre maison de disque de Jazz, Impulse!, a annoncé la sortie, fin juin 2018, d’un enregistrement caché, puis perdu et enfin retrouvé de John Coltrane. L’album présente  un ensemble de pièces exécutées dans la seule journée du 06 mars 1963 par le « quartet classique » du jazz (John Coltrane, Mc Coy Tyner, Jimmy Garrisson et Elvin Jones). La famille de la première épouse de Coltrane, Juanita Naima Coltrane, est à l’origine de cette découverte, qu’elle avait sauvée et l’a portée à l’attention de « Impulse ! ».

Les directions
Le choix bien dosé des sept compositions  suggère clairement l’intention de Coltrane : enregistrer d’un trait un album complet ce jour-là. D’après le son qui s’en dégage, cela paraissait très important, quelque chose à assouvir en toute urgence. Une urgence !

« En 1963, tous ces musiciens du groupe avaient atteint le sommet de leur capacité musicales », a déclaré le saxophoniste, Ravi Coltrane, le fils de John Coltrane, qui a apporté sa touche à la publication de l’album perdu. « Sur ce disque, on perçoit une idée claire de John Coltrane qui avait un pied dans le passé et un autre dans son avenir. »
De fait,  John Coltrane était toujours dans un état de transition. Le poète et critique Amiri Baraka écrivit en 1963 que « la résolution, le changement et la transmutation » sont au cœur de la carrière de Coltrane. Le public finit par s’incliner devant le précepte et la sagesse du saxophoniste dès la fin des années 1950, au moment où John Coltrane signait un contrat de production avec « Impulse! ».

En 1961, il cherchait déjà à faire autre chose, laissant derrière lui le torrent harmonique de « Giant Steps ». Il explorait résolument d’autres éléments venus d’ailleurs: ses drones avaient visité la musique nord-africaine et indienne; il expérimentait des phrasés mélodiques sans cesse fragmentés. Un des premiers biographes de Coltrane, C.O. Simpkins, a décrit les spectacles du « quartet classique » dans ces années là comme une sorte de « nettoyage euphorique ». Le quartet, écrit-il, «battrait l’air impur jusqu’à ce qu’il implore la pitié».
Il est très étrange qu’un « improvisateur » de musique d’une telle rigueur puisse aussi produire des succès commerciaux. En effet, peu de temps après avoir produit  un méga-hit avec « My Favorite Things », Bob Thiele s’est attelé à fournir à « Impulse ! » un flux de projets faciles d’accès au grand public. Les titres des autres albums que le producteur attitré de cette compagnie a réalisés en 1963 avec Coltrane  parlent d’eux-mêmes : « Ballads », « Duke Ellington et John Coltrane » et « John Coltrane et Johnny Hartman ». Certes, les albums, « Coltrane » et « Crescent », sortent de la logique du « facile à écouter » : on y entend du blues profond suivi de longs chants sans mots, avec plein de notes, soutenus par une dynamique explosive et rythmée. Mais durant les deux années qui séparent ces deux albums – du printemps 1962 au printemps 1964 – les fans du « Coltranisme pur et dur» n’ont rien eu à se mettre dans les oreilles pour sortir des sentiers battus.

Les « impressions »
« L’album Perdu »  a été enregistré au Rudy Van Gelder Studio, dans le New Jersey, le 6 mars 1963. Deux jours plus tôt, M. Tyner avait enregistré « Nights of Ballads and Blues ». Le 08 mars 1963, le quartet de Coltrane – qui était au milieu d’une course poursuite de deux semaines au « Birdland », club de jazz mythique à Manhattan (New York) – est retourné au studio avec Hartman, un crooner baryton, pour enregistrer un album, qui est devenu un classique du genre.
Contrairement aux albums enregistrés en studio, cette collection nouvellement découverte, nous plonge dans quelque chose proche de l’ampleur de ce que Coltrane et ses associés livraient sur scène.