« VISITEZ LE RWANDA »
Publication : 1 juin, 2018 > par Sidney Usher | Catégorie(s) : Politique, Sport | Commentaire(s) (Pas de commentaire)

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Le président du Rwanda, Paul Kagamé, est un fan convaincu d’Arsenal, un club de football qui évolue dans le très médiatisé championnat Anglais. A la fin de la saison 2017-2018, Monsieur Kagamé a même tweeté que le club londonien avait besoin d’un nouvel entraîneur.

Coïncidence ou pas, à peine deux semaines après le « limogeage » d’Arsène Wenger, le Conseil Rwandais de Développement a signé un accord de sponsoring avec Arsenal FC. En vertu de cet accord, sur une période de trois ans, l’annonce « Visitez le Rwanda ! », sur un espace de maillot de seulement 200 cm2, coûtera près de 40 millions de dollars aux pauvres contribuables Rwandais.

Le Rwanda est le 19ème pays le plus pauvre du monde, avec un revenu par habitant d’environ 700 USD. Arsenal est, lui, l’un des clubs de football les plus riches du monde. Ce « mariage » lourd -qui vaut près de 40 millions de dollars- est gênant, voire dérangeant pour les bailleurs de fonds qui ne ménagent leur effort pour aider les pays les plus pauvres de la planète.

Ce « financement des riches par les pauvres » vise clairement à améliorer l’image du Rwanda. Mais, il constitue un piège qui pourrait entacher la réputation d’Arsenal FC.

La raison du Rwanda

Pour le gouvernement rwandais, l’accord signé avec le club de football de Londres fait partie d’une stratégie plus large de développement du tourisme, qui représentait en 2017 environ 12,7% du PIB et 1 milliard de dollars des recettes publiques. Le pays considère le tourisme haut de gamme comme un important secteur de croissance. Les paysages verdoyants, les gorilles de montagne des volcans de Virunga, le parc animalier d’Akagera, la forêt tropicale de Nyungwe, le lac Kivu idyllique et même les mémoriaux du génocide se sont multipliés dans un espace de seulement 26 000 km2.

Cette stratégie intégrée est attrayante, au premier abord. En effet, le gouvernement de Paul Kagamé n’a pas lésiné sur les moyens : L’Etat a investi massivement dans la compagnie aérienne nationale « RwandAir », a construit le « Kigali Convention Center » et des hôtels haut de gamme. Enfin le développement du nouvel aéroport international, conçu pour devenir un important hub régional, est en cours de réalisation.

Mais il y a des doutes sur la rentabilité de ces investissements massifs. Par exemple, RwandAir n’a pas encore atteint son seuil de rentabilité, 14 ans après son lancement. Le gouvernement le maintient à flot grâce à une subvention annuelle de 50 millions de dollars américains uniquement pour les opérations parcellaires. De fait, les investissements dans une flotte en expansion constante pour répondre à un réseau toujours croissant de destinations continentales et intercontinentales nécessitent des emprunts considérables.

Bref, le risque budgétaire lié à la stratégie du gouvernement rwandais est élevé et les économistes se demandent si ces dépenses seront durables à moyen terme.

Ces « supputations » des économistes peuvent faire l’affaire du gouvernement rwandais. Mais Arsenal FC a-t-il considéré le signal qu’il donnait à ses fans et au monde entier à la lumière des dossiers des droits de l’homme et de la démocratie douteuse du Rwanda?

Le risque pour Arsenal

La journaliste d’investigation canadienne, Judi Rever, a écrit un livre intitulé, « Louange au sang: les crimes du Front patriotique rwandais », dans lequel elle explique comment le régime rwandais a massacré des dizaines sinon des centaines de milliers de civils innocents, en particulier dans les années 1990.

Au titre de l’année 2017, Human Rights Watch a publié un rapport inquiétant sur les violations des droits de l’homme, notamment, l’arrestation et la détention arbitraire des pauvres dans les «centres de transit» à travers le pays, la répression généralisée dans les affaires foncières, les exécutions extrajudiciaires, la détention illégale et la torture au sein des casernes militaires.

En octobre 2017, le sous-comité des Nations Unies pour la prévention de la torture a suspendu sa visite au Rwanda en raison «d’une série d’obstacles imposés par les autorités».

En plus de cela, il y a eu une analyse et des commentaires très répandus sur l’état de la démocratie au Rwanda. Le pays est un État à parti unique, de facto, sans opposition politique significative, sans liberté de la presse et sans société civile indépendante.

L’emprise de Kagamé sur le pouvoir est absolue. A preuve, en août 2018, il a été réélu avec plus de 98% des voix. Un référendum sur un amendement constitutionnel en 2015 lui a donné le droit de monopoliser le pouvoir jusqu’en 2034.

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