Le président du Rwanda, Paul Kagamé, est un fan convaincu d’Arsenal, un club de football qui évolue dans le très médiatisé championnat Anglais. A la fin de la saison 2017-2018, Monsieur Kagamé a même tweeté que le club londonien avait besoin d’un nouvel entraîneur.

Coïncidence ou pas, à peine deux semaines après le « limogeage » d’Arsène Wenger, le Conseil Rwandais de Développement a signé un accord de sponsoring avec Arsenal FC. En vertu de cet accord, sur une période de trois ans, l’annonce « Visitez le Rwanda ! », sur un espace de maillot de seulement 200 cm2, coûtera près de 40 millions de dollars aux pauvres contribuables Rwandais.

Le Rwanda est le 19ème pays le plus pauvre du monde, avec un revenu par habitant d’environ 700 USD. Arsenal est, lui, l’un des clubs de football les plus riches du monde. Ce « mariage » lourd -qui vaut près de 40 millions de dollars- est gênant, voire dérangeant pour les bailleurs de fonds qui ne ménagent leur effort pour aider les pays les plus pauvres de la planète.

Ce « financement des riches par les pauvres » vise clairement à améliorer l’image du Rwanda. Mais, il constitue un piège qui pourrait entacher la réputation d’Arsenal FC.

La raison du Rwanda

Pour le gouvernement rwandais, l’accord signé avec le club de football de Londres fait partie d’une stratégie plus large de développement du tourisme, qui représentait en 2017 environ 12,7% du PIB et 1 milliard de dollars des recettes publiques. Le pays considère le tourisme haut de gamme comme un important secteur de croissance. Les paysages verdoyants, les gorilles de montagne des volcans de Virunga, le parc animalier d’Akagera, la forêt tropicale de Nyungwe, le lac Kivu idyllique et même les mémoriaux du génocide se sont multipliés dans un espace de seulement 26 000 km2.

Cette stratégie intégrée est attrayante, au premier abord. En effet, le gouvernement de Paul Kagamé n’a pas lésiné sur les moyens : L’Etat a investi massivement dans la compagnie aérienne nationale « RwandAir », a construit le « Kigali Convention Center » et des hôtels haut de gamme. Enfin le développement du nouvel aéroport international, conçu pour devenir un important hub régional, est en cours de réalisation.

Mais il y a des doutes sur la rentabilité de ces investissements massifs. Par exemple, RwandAir n’a pas encore atteint son seuil de rentabilité, 14 ans après son lancement. Le gouvernement le maintient à flot grâce à une subvention annuelle de 50 millions de dollars américains uniquement pour les opérations parcellaires. De fait, les investissements dans une flotte en expansion constante pour répondre à un réseau toujours croissant de destinations continentales et intercontinentales nécessitent des emprunts considérables.

Bref, le risque budgétaire lié à la stratégie du gouvernement rwandais est élevé et les économistes se demandent si ces dépenses seront durables à moyen terme.

Ces « supputations » des économistes peuvent faire l’affaire du gouvernement rwandais. Mais Arsenal FC a-t-il considéré le signal qu’il donnait à ses fans et au monde entier à la lumière des dossiers des droits de l’homme et de la démocratie douteuse du Rwanda?