DES ÉTIQUETTES CONTRE LES MÉFAITS LIÉS A L’ALCOOL.
Publication : 27 mai, 2018 > par Mary Mazur | Catégorie(s) : Economie, Santé | Commentaire(s) (Pas de commentaire)

Pages : 1 2

Au niveau mondial, selon les chiffre officiels de l’OMS, chaque année environ 3,3 millions de personnes meurent de causes directement liées à la consommation d’alcool – les principales étant les maladies cardiaques, le cancer, les maladies du foie et les accidents de la route. Cependant, une récente  enquête a montré que seulement 10% des personnes interrogées identifie le cancer comme un risque potentiel pour la santé lié à la consommation d’alcool.

La résignation

Force est de constater que les dirigeants du secteur de la production d’alcool et les gouvernements n’ont rien fait de concret pour changer les (mauvaises) habitudes des consommateurs. En effet, ici ou ailleurs, les mises en garde sanitaires obligatoires pour l’alcool sont rares. Par exemple, dans toute l’espace de l’UE, où la consommation d’alcool par habitant est la plus élevée au monde, aucune législation n’exige des avertissements sanitaires.

Pourtant, les gouvernements disposent d’outils et stratégies efficaces pour changer les comportements et réduire drastiquement la consommation d’alcool. Il s’agit notamment d’augmenter les taxes, les prix unitaires minimums sur les produits issus d’alcool. Mais, face à la superpuissance des multinationales, qui exercent une pression constante contre les interventions qui menacent leurs profits, la plupart des gouvernements se sont résignés, s’en remettant à l’alternative d’autorégulation.

L’autorégulation a montré ses limites : elle ne fonctionne pas ! car une industrie qui tire des profits de la vente d’un produit n’adoptera jamais rien qui pourrait amener les gens à boire moins. Une industrie « autorégulée » réglementera toujours pour optimiser les profits et non la santé publique.

L’industrie et les gouvernements ne semblent pas non plus très intéressés par les étiquettes de mise en garde sur la santé. Un argument récurent est que les messages de santé ne changent pas de comportement ou que les buveurs ne veulent pas que leur plaisir soit obstrué par des vérités inconfortables. Il est vrai que l’information isolée des autres stratégies de santé publique et de promotion de la santé peut avoir un effet limitée. Mais quand il s’agit de motiver le changement de comportement, il peut être utile de sensibiliser et de remettre en question les croyances profondément ancrées qui impactent négativement le comportement des gens.

Les messages

Les messages de mise en garde sur la santé, s’ils sont bien faits, pourraient sensibiliser le public et, pour certaines personnes, inciter à boire moins. Fournir des informations précises peut également aider à contrer les mythes et les malentendus communs. Par exemple, l’ambiguïté concernant les avantages potentiels pour la santé d’une consommation modérée d’alcool peut être «l’excuse» pour résister au changement de comportement.

Il est important de reconnaître les preuves que les messages de santé qui tentent d’induire la peur se retournent souvent contre l’objectif recherché. Les images de poumons malades sur l’emballage des cigarettes est un cas d’espèce. Les fumeurs ne veulent pas être confrontés aux conséquences négatives de leur comportement et ils peuvent fumer plus pour faire face à l’inconfort vécu. Les avertissements liés à la consommation d’alcool peuvent donc conduire à une résistance encore plus dure.

Le taux d’incrédulité des consommateurs d’alcool est  particulièrement frappant: La plupart des gens ne tirent que peu ou pas d’avantages de la consommation d’alcool, même à un faible niveau de consommation d’alcool. Le message subtil selon lequel « un peu d’alcool est bon pour la santé » est celui auquel les grands producteurs d’alcool sont farouchement attachés. C’est un mensonge contre lequel plus de travail doit être déployé. L’étiquette affirmant que « l’alcool augmente le taux de violence et d’abus » est également largement rependue. Cela montre que les gens sont plus préoccupés par les effets immédiats de la consommation d’alcool que les effets durables sur leur santé.

L’enquête mondiale sur les drogues (GDS 2018) – une enquête réalisée auprès de 130 000 personnes vivant dans plus de 40 pays – suggère quelques messages de santé pour changer les habitudes des gens.

Les résultats de ce rapport montrent que le cancer demeure le domaine le moins associé à la consommation d’alcool et qu’un message tel que «boire moins peut réduire le risque d’être atteint par sept types de cancer» pourrait amener près de 40% des buveurs à penser à boire moins.

Les deux autres principaux messages qui feraient penser les gens à boire moins sont les suivants: «Même les personnes qui consomment beaucoup d’alcool peuvent réduire leur risque de maladie du foie en diminuant légèrement leur consommation » ; « Boire une bouteille de vin ou six petites bières produit le même nombre de calories qu’un hamburger et des frites ».

Pages : 1 2


Étiquettes : , , , , ,