LE JOYEUX NOËL DÉCALÉ
Publication : 25 février, 2018 > par Sidney Usher | Catégorie(s) : Croyances, Culture, Politique | Commentaire(s) (Pas de commentaire)

Une communauté Afro-Colombienne célèbre la Fête de Noël, comme chaque année, un peu plus tard que le reste du monde. Pour cette communauté de Quinamayo, une ville située dans le sud-ouest du pays latino-américain, les festivités de la mi-février (le troisième samedi de ce mois) sont une tradition qui remonte aux jours de l’esclavage, une époque où leurs ancêtres étaient confinés, discriminés et interdits de mener une vie normale, par exemple marquer la fête de la nativité en même temps que la noblesse blanche fraichement débarquée.

Jésus Noir

La communauté considère le 25 décembre comme un jour ordinaire et célèbre « sa » fête de Noël en adorant « son » Seigneur  à « sa » manière.

Au centre des festivités se trouve une poupée représentant l’Enfant Jésus, transportée dans une procession colorée à travers la ville.

Mirna Rodriguez, une sage-femme de 55 ans, a la «grande responsabilité» de s’occuper du petit Jésus Noir. Son travail est de s’assurer qu’il soit en parfait état le jour de l’Adoration – le troisième samedi de février, lorsque Noël est célébré – avec musique, feux d’artifice, théâtre, danse et costumes colorés.

Le reste de l’année, l’enfant Jésus est enveloppé dans plusieurs couches de tissus protecteurs issus d’une garde-robe hautement sophistiquée.

Danse de l’évasion

L’une des danses les plus populaires est la «fuga» traditionnelle – la danse de l’évasion – qui voit les citadins commémorer leurs ancêtres en imitant la marche lourde des esclaves enchaînés.

La « fuga », c’est « danser avec les pieds qui traînent, parce que les chaînes qui retenaient les pieds des esclaves ne leur permettaient pas de faire marcher normalement », a déclaré Olmes Larrahondo, un chorégraphe local.

La ville entière de Quinamayo, dans le département de la Valle de Cauca, sur la côte du Pacifique, se consacre entièrement à la procession annuelle à travers les rues, qui se déplace de maison en maison à la recherche de l’Enfant Jésus.

Lorsque la statue est finalement découverte, elle est cérémonieusement transportée le reste du voyage par des enfants richement vêtus et placés autour du berceau de l’enfant Jésus.

« Les enfants participent dès leur plus jeune âge aux festivités. Pour cette raison, je pense que la tradition ne disparaîtra jamais », a déclaré Rodriguez.

Acte de Résistance

La fête est animée avec de la boisson, des repas, des rythmes de musique, de la danse et des chants apportés dans la région par les esclaves africains du temps de la conquête espagnole.

Quinamayo, comme d’autres communautés noires de Valle del Cauca, pratique des cérémonies d’Adorations. La communauté s’est établie dans une ville située sur les bords des vieilles haciendas, qui a émergé après l’abolition de l’esclavage en 1852.

La communauté afro-colombienne, qui représente 20% de la population, a souffert de l’exclusion et de la pauvreté tout au long de son histoire.

« Pour certaines communautés noires, ces genres de cérémonies (les Adorations) sont un symbole fort de la résistance », a déclaré Manuel Sevilla, anthropologue à l’Université Javeriana de Cali. Les Adorations « sont une combinaison de croyances catholiques et le fruit de l’évangélisation, avec des rituels venus d’Afrique. Ce n’est pas seulement une célébration spirituelle, mais une sorte de bannière culturelle qui gagne en force », a-t-il conclu.

Notis©2018

Crédits photos (AFP)


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