DÉVELOPPEMENT ÉCONOMIQUE « ARTIFICIELLE »
Publication : 16 décembre, 2017 > par Mary Mazur | Catégorie(s) : Economie | Commentaire(s) (Pas de commentaire)

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Le Produit Intérieur Brut (PIB) demeure l’outil principal en matière d’évaluation du bon ou mal-vivre dans un pays. Cependant, le PIB présente de nombreuses lacunes qui faussent le véritable niveau économique d’un pays. C’est pourquoi, certains experts préconisent l’utilisation d’autres paramètres pour mieux appréhender la situation économique.
Les lacunes du PIB
Le Produit Intérieur Brut, comme unité de mesure du bien-être, présente de nombreuses lacunes:
*il ne prend pas en compte le travail domestique ou bénévole, qui est pourtant un facteur essentiel de développement, non seulement social, mais également économique.
*il tient certaines nuisances (les embouteillages) pour positives et il ne chiffre pas l’épuisement des ressources naturelles (un pays producteur de pétrole accroît son PIB en accélérant l’exploitation de ses réserves).
*il est mesuré en termes bruts, ce qui peut rendre son évolution trompeuse : un pays peut enregistrer un taux de croissance positif mais s’appauvrir faute d’avoir engagé les investissements nécessaires au renouvellement du capital national.
Les nouveaux paramètres
Mais malgré ces limites et les contestations dont il était l’objet, le PIB reste la référence. Mais, depuis quelque temps, les choses sont en train de changer. C’est d’abord l’urgence de la question environnementale. En effet, il est absurde de penser que nous pourrions nous acheminer vers un désastre climatique sans être capables d’en déceler le risque dans nos indicateurs économiques. Le même raisonnement s’applique à la « soutenabilité » financière. Dans les années 2000, l’Espagne a financé sa croissance par la dette, jusqu’à l’effondrement. Mais tant que la bulle gonflait, le gouvernement pouvait se glorifier de la baisse du chômage et de l’enrichissement généralisé. De la même manière, l’inégalité des revenus est une source d’inquiétude : à quoi bon la croissance, si la moitié de la population n’en tire pas profit.
Les questions
Cependant, une chose est de diagnostiquer les écueils potentiels, encore faut-il fournir les informations nécessaires à l’action. Quand le Parlement, les médias et le public sont tous focalisés sur un indicateur, les décideurs ont tendance à lui accorder plus d’importance qu’il n’en mérite. Il peut en être autrement lorsqu’une publication officielle confère de la visibilité à d’autres indicateurs. Ce qui est mesuré et rendu public – ou non – compte énormément.


A cet égard, l’Allemagne est un bon exemple. Consciente du déclin de sa population, elle a fait de la réduction de la dette publique son premier objectif. La Constitution a même été modifiée pour imposer au gouvernement un « frein à la dette » encore plus contraignant que les règles de l’Union européenne. Mais les législateurs allemands ont oublié d’inclure l’actif du bilan de la sphère publique dans leur tableau de bord. Avec pour résultat une importante réduction du ratio de dette, mais un grave retard dans l’investissement public ou le renouvellement des infrastructures, pourtant tout aussi essentiels pour les générations futures.
La solution
La solution est plutôt de créer un tableau de bord comprenant les indicateurs les plus pertinents et d’évaluer l’action du gouvernement sur la base de la performance du pays au regard de chacun d’entre eux. On éviterait ainsi d’agréger de manière peu convaincante des dimensions pas toujours comparables.
Reste à choisir les variables. Publier des dizaines d’indicateurs serait certes informatif mais l’évaluation de la performance gouvernementale s’en trouverait diluée. Pour compléter le PIB, l’accent devrait idéalement être mis sur quatre ou cinq indicateurs. S’il y en a vingt, chacun s’y perdra et tout le monde reportera ses yeux sur ce bon vieux PIB.
La sélection de cette poignée d’indicateurs est une question de société. Les priorités peuvent varier selon les pays : la déforestation est un problème central pour le Brésil pas pour la Finlande. Elles donnent nécessairement lieu à des affrontements : écologistes et agriculteurs se rejoignent pour condamner l’artificialisation des sols mais se séparent sur l’importance à accorder au nombre des espèces d’oiseaux.
Il serait logique, cependant, de retenir des indicateurs couvrant trois dimensions clés : la dette et les actifs, la protection environnementale et l’équité (égalité, légalité, neutralité et transparence). C’est en effet dans ces trois directions qu’il faut en priorité élargir la mesure des performances économiques d’une nation. D’autres dimensions relatives à la santé ou à la sécurité pourraient être incluses. Un débat devrait être engagé sur la sélection des variables correspondantes. Il donnera évidemment lieu à controverses. Mais des controverses de cette nature, c’est précisément ce qu’on souhaite connaître dans un pays démocratique. Et la démocratie ouvre souvent le préalable à la paix sociale qui ouvre la voie au développement économique.
Notis©2017

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