SONNY ROLLINS : LE DON DE SOI
Publication : 14 décembre, 2017 > par Sidney Usher | Catégorie(s) : Culture, Management | Commentaire(s) (Pas de commentaire)

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Sonny Rollins est incontestablement une légende vivante, une figure sur la courte liste des plus grands artistes vivants. Son vaste répertoire, sa foisonnante intelligence, sa profonde spiritualité, son talent d’improvisation illuminent son jeu du saxophone. L’homme, aujourd’hui âgé de 87 ans, a très probablement soufflé sa dernière note en public. Le diagnostic de la fibrose pulmonaire -qu’il a lui-même annoncé- fait cette incapacité une quasi-certitude. Sonny Walter Rollins laisse derrière lui une carrière colossale de 66 ans meublée pars des enregistrements fous et des performances « live » (concerts) jubilatoires.

Forcé de poser définitivement -interdit de jouer- « sa vielle corne », Sonny Rollins a également fait don de ses immenses archives personnelles au Centre de recherche sur la culture noire de Schomburg, à New York. Un don qui, selon le colosse du saxophone, ne devrait pas mis au même enseigne que sa Musique.

Voici un extrait de cette entrevue paru sur son site officielle.

Rétroflexions

« Depuis que je suis incapable de souffler dans un saxophone, dit Sonny, la vie  est devenue une réflexion. Je réfléchi sans cesse à ce que j’ai fait musicalement, à ce que j’aurais pu faire, à ce que je pourrais faire… Je suis assailli par des questions du genre : Quel est le sens de la vie? Pourquoi suis-je ici? Qu’est-ce que je suis censé faire?… »

« A force de chercher, je suis parvenu à la conclusion que la vie ne se résume pas aux mots très usité, comme « plaisir », « profit »… Je déteste le verbe «profiter», parce que pour moi, la vie n’est pas une question de plaisir, où l’objectif est d’obtenir quelque chose pour vous-même. Ce n’est pas pourquoi nous sommes ici. La raison de la vie, pour moi, est de donner. Donner, c’est ce qui me procure du bonheur. Rendre les autres heureux est la meilleure chose à faire sur cette terre. Ma vie est guidée par ce type de réflexion, du moins depuis quelques années maintenant. Peut-être que toute ma vie s’est passé sous ce mode de réflexion »

Dépression

« Il y a quelque temps, on m’a diagnostiqué une fibrose pulmonaire. Le médecin m’a dit que si je continuais de jouer du saxophone, je serais affaibli et vraiment malade après. Alors j’ai dit: « Oh mince, je ne peux pas souffler dans cet instrument que j’ai trainé partout et qui a donné un sens à mon existence. » J’ai traversé une période de dépression; J’étais vraiment tombé très bas. J’avais été, grâce au saxophone, dans une quête vitale : essayer de réaliser mon potentiel musical. Ne plus pouvoir jouer du saxophone c’est mettre fin à cette quête existentielle. »

« Je suis finalement sorti de ma dépression quand j’ai réalisé que plutôt que d’être déprimé, je devais être reconnaissant envers les bienfaits que la vie m’a accordés. J’ai eu l’opportunité de vivre une vie de musicien, ce que j’ai toujours rêvé de faire. J’ai même été en mesure d’obtenir une certaine reconnaissance – c’est un cadeau inespéré et merveilleux. Je ne voulais pas être comme un enfant gâté et me dire  » je n’ai pas eu tout ce que je voulais sous le sapin de Noël. » Cela aurait été égoïste de ma part de penser ainsi. J’ai décidé de ne pas m’apitoyer sur mon sort. Une fois que tous ces sentiments positifs ont germé dans mon esprit, j’ai pu sortir de ma dépression et accepter la nouvelle et définitive donne ».

Don musical

« Le musicien ne fait don de sa musique. Je suis ravi que ma musique, que je ne pourrai plus reproduire, ait donné du réconfort ou de la paix à d’autres personnes. Cela étant, j’ai aussi joué de la musique pour moi-même. J’en ai tirais quelque chose. Je ne considère donc pas le fait de  jouer de la musique comme une sorte de servitude. Ce n’était pas comme donner de moi-même, parce que j’en ai trop tiré parti. Jouer de la musique était une affaire personnelle. Je voulais jouer de la musique. J’ai dû le faire. C’est quelque chose que je voulais faire quand j’étais enfant. C’est comme un cadeau que j’ai jalousement gardé par devers moi (…)

« Ce n’est pas le musicien qui se donne à la Musique, c’est elle qui se donne au musicien. La musique n’est pas un acte purement altruiste. J’ai été incapable de faire don de ma musique. En revanche, je me suis attelé à donner autre chose. En étant une bonne personne. En suivant la règle d’or: Fais aux autres ce que tu voudrais qu’ils te fassent. Essayer d’observer cette règle, essayer d’être gentil, ne pas essayer de blesser les sentiments de quiconque. Il s’agit juste de penser aux autres, et comment vous pouvez faire quelque chose pour eux. »

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