LA « RÉSISTANCE » DES CODES BANCAIRES
Publication : 12 novembre, 2017 > par Sidney Usher | Catégorie(s) : Finance-Comptabilité | Commentaire(s) (Pas de commentaire)

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Certains établissements bancaires permettent déjà à leurs clients de se connecter à leur application mobile en tenant un doigt sur un capteur connecté à leur smartphone. D’autres sont en train de tester de nouvelles cartes de crédit et des distributeurs automatiques de billets qui fonctionnent sans codes PIN (numéro d’identification personnalisée) : le consommateur utilise son empreinte digitale pour payer ou retirer de l’argent.

Les banques investissent donc massivement dans la technologie des empreintes digitales pour remplacer les mots de passe et les codes PIN.  Mais tout ce déploiement pourrait s’avérer vain. En effet,  plusieurs expérimentations ont mis en exergue les vices cachées de cette technologie.

L’érosion digitale

Lors d’une conférence consacrée à la cyber-sécurité des établissements bancaires, un spécialiste de l’analyse visuelle par ordinateur a soutenu que les empreintes digitales de nombreuses personnes âgées sont trop pâles pour être reconnues par les machines. Le Professeur John Daugman, de l’Université de Cambridge, a déclaré: «La peau sèche avec l’âge, en particulier chez les femmes plus âgées (…). Et avec l’âge les motifs de la peau se réduisent, les rides se développent également, qui perturbent l’analyse d’empreintes digitales.

Cette perturbation de la traçabilité des empreintes digitale ne concerne pas que les personnes âgées.  En effet, les travailleurs manuels, comme les maçons, les tailleurs de pierre et autres manutentionnaires ont des empreinte digitales qui se « déteignent ». La pénibilité du travail déteint sur leur peau qui devient presqu’insaisissable.

Les jardiniers ont, eux aussi, souvent beaucoup d’égratignures sur les doigts et, en général, les gens qui travaillent avec des produits chimiques, comme les nettoyants, souffrent également de l’érosion de leurs empreintes digitales.

Les professionnels de la santé ont également découvert que certains traitements, comme la chimiothérapie, sont susceptibles de faire disparaître les empreintes digitales – parfois de façon permanente. En effet, certains médicaments chimiothérapeutiques peuvent causer le syndrome main-pied (érythrodysesthésie palmo-plantaire en langage médical) qui se manifeste par une atteinte de la peau (rougeurs, gonflement, sécheresse, ampoules, crevasses, hypersensibilité, fourmillements, douleurs…) au niveau de la paume des mains et de la plante des pieds. Les anomalies apparaissent dans les jours, semaines ou mois suivant le début des traitements anticancéreux et disparaissent progressivement après la fin de ces traitements. La peau commence à peler sur la paume des mains et la plante des pieds. Dans les cas graves, les doigts peuvent peler, et il est possible que cela déforme les empreintes digitales d’un patient. En général, la situation s’améliore une fois que le traitement est arrêté, mais une cicatrisation sévère peut altérer les empreintes digitales à long terme.

On le voit, même si les empreintes digitales sont considérées comme plus sécurisées que les mots de passe, car difficiles à reproduire ou à deviner, leur généralisation risque de provoquer un blocage en masse des comptes bancaires.

Les moyens alternatifs

Les banques ont testé d’autres mesures de sécurité, telles que la reconnaissance faciale et la numérisation de l’iris ou de la rétine. Cependant, la technologie des empreintes digitales est souvent privilégiée, car elle est rapide et les gens l’adoptent plus facilement. Ainsi, un des majors du paiement digital, expérimente actuellement des cartes de débit et de crédit qui permettent aux clients d’effectuer des paiements par empreinte digitale. Pour ce faire, la banque enregistre d’abord une copie numérique de l’empreinte sur la carte. Ensuite, au lieu de saisir un code PIN lorsque la carte est introduite dans la machine de paiement d’un magasin, le client maintien le doigt ou le pouce sur un petit capteur intégré dans la carte. Le paiement ne sera finalisé que si les empreintes correspondent aux données préenregistrées. Mais, pour l’instant, il s’avère que seulement  79% des paiements ont été réalisés par ce moyen. De nombreuses transactions ont été refusées car le doigt du client n’était pas parfaitement maintenu sur le capteur ou était mouillé, sale ou moite.

Pour que cette technologie soit introduite plus largement sur le marché, le taux de réussite devrait être encore meilleur, a estimé un responsable du  secteur. Nick Dryden, directeur général  d’une société de technologie bancaire a déclaré: «Les entreprises aiment la technologie des empreintes digitales parce qu’elle est rapide. Avec l’iris ou le scanner rétinien, les gens doivent retirer leurs lunettes et s’aligner correctement, ce qui peut prendre trop de temps. Mais ce n’est pas assez fiable pour être déployé comme moyen principal de paiement ou outil pour se connecter à des comptes, car il y a de nombreuses façons de perdre ou d’endommager les empreintes digitales (…). Il doit toujours y avoir une sauvegarde pour que, si cela ne fonctionne pas, il y ait une autre façon de payer, par exemple l’introduction d’un code PIN ou un mot de passe ».

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