LE BILAN D’ELLEN JOHNSON SIRLEAF
Publication : 23 octobre, 2017 > par Sidney Usher | Catégorie(s) : Politique | Commentaire(s) (Pas de commentaire)

« Ma Ellen », comme l’appelle ses proches, inspire un respect qui dépasse les frontières du Libéria, ce petit pays de l’Afrique l’ouest ayant une population estimée en 2016 à près de 4 300 00. Mais, 12 ans d’exercice du pouvoir suprême inédit, en tant que première femme présidente sur le continent africain, n’ont pas suffi pour briser le plafond de verre, qui reste encore fermement en place.

C’est donc avec un sentiment mitigé que la co-lauréate du Prix Nobel de la Paix 2011 a quitté le palais présidentiel de Monrovia.

Inégalité manifeste

En 2005, elle a remporté de manière inattendue le premier vote démocratique du pays après une guerre civile (1990 – 1995) brutale et atroce : plus de 200 000 morts et près de 2 000 000 de déplacés forcés. Madame Sirleaf a à son actif le maintien de la fragile paix retrouvé.

Cependant, Ellen Johnson Sirleaf est la première à admettre que son mandat n’a pas permis la représentation de façon significative des femmes dans la vie politique libérienne. « Nous n’avons pas assez travaillé pour la parité », a-t-elle déclaré dans une entrevue accordée à la chaine CNN. « Cela m’attriste, parce que j’ai représenté la rupture du plafond de verre en Afrique ».

Seulement un dixième des 30 sénateurs du Libéria et seulement un sixième de la Chambre des représentants, sont des femmes. Ces chiffres ont à peine changé depuis 2005. En revanche, les niveaux de grossesse chez les adolescentes et les violences sexuelles contre les filles restent extrêmement élevés. Moins de la moitié des femmes Libériennes peuvent à peine lire ou écrire.

MacDella Cooper, un ancien modèle devenu humanitaire qui espère briguer un jour la présidence a déclaré : « Indépendamment du nombre de femmes qui gagnent ou perdent, les femmes doivent rester dans la course pour le pouvoir et les femmes doivent rester dans le paysage politique »

Cooper, comme plusieurs acteurs politiques libériens, admire Madame Sirleaf, mais dit que la nation a besoin d’un autre type de leader qui peut élargir la prospérité et maintenir la paix. « Quinze pour cent des citoyens de notre pays vivent très bien, mais le reste patauge dans la misère », a-t-elle déclaré.

Obstacles rédhibitoire

Deux féministes libériennes ont provoqué un tollé en affirmant dans les médias internationaux que Mme Sirleaf a «échoué» à inscrire les femmes dans le champ politique. Cet « échec » entache son mandat.

« Je pense que la Présidente Sirleaf est anti-féministe en matière de politique », a déclaré Robtel Neajai Pailey, co-auteur avec Korto Reeves Williams d’un article largement diffusé par la presse internationale. Pailey accuse Sirleaf d’indifférence et l’abandon du vote d’une loi imposant que les femmes occupent au moins 30% des postes de direction dans les organes publiques. Madame Pailey croit que les femmes sont en retard dans la chaine des partis politiques les plus importants et manquent souvent de soutien financière, contrairement aux hommes politiques.

Selon sa collègue, Reeves Williams, les difficultés de créer un profil public pour les femmes commencent à la base, en particulier dans une société où le viol a été systématiquement utilisé comme une arme de guerre.

« La femme âgée de 30 ans qui décide de postuler à un poste public a été une fille qui a quitté l’école élémentaire parce qu’elle a été violée et a eu un enfant non désiré », a-t-elle ajouté.

L’agence des Nations Unies pour les femmes dans son rapport annuel a dénoncé «les croyances traditionnelles profondément ancrées qui rendent particulièrement difficile la progression des femmes dans la société libérienne». Laissez-pour compte, les femmes ne peuvent que « se débrouiller ».

Jewel Howard-Taylor, sénatrice et ex-femme de l’ancien président Charles Taylor, a déclaré : « Il y a eu une fausse perception selon laquelle, parce que nous avons une femme présidente au Libéria, tout allait être réglé (…). La politique est un jeu. Il y a des règles, il y a des règlements, il y a des choses à faire et à ne pas faire. Mais on ne nous l’apprend pas tôt, alors on se jette dans la législature nationale sans préparation. Mais les hommes, eux, semblent mieux outillés et bien préparer parce qu’ils apprennent très tôt les règles du jeu politique  »

Notis©2017


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