LE SOMMEIL EST UNE «RESSOURCE STRATÉGIQUE» MAL EXPLOITÉE
Publication : 25 août, 2017 > par Mary Mazur | Catégorie(s) : R.H. | Commentaire(s) (Pas de commentaire)

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Dans les entreprises où les horaires de travail sont arrêtés en fonction de l’horloge biologique des employés, ces derniers sont généralement plus concentrés, moins stressés et en meilleure santé, a constaté, Christopher Barnes, professeur de gestion en RH à l’université Foster de Washington, aux États-Unis. L’inverse est également vrai : lorsque les employés sont privés de sommeil, ils sont plus susceptibles de faire des erreurs majeures et sont victimes d’accidents de travail.

Plusieurs études montrent que dans la plupart des entreprises les horaires de travail sont totalement désynchronisés par rapport à l’horloge interne du personnel. Les experts appellent donc les employeurs à intégrer le sommeil dans la stratégie de développement de leurs entreprises.

Le «décalage d’horaire social»

Il n’y a pas que la quantité d’heure de sommeil qui compte. En effet, « être productif dès 8h du matin dépend aussi du rythme circadien », selon Till Roenneberg, professeur de chronobiologie à l’Institut de psychologie médicale à l’Université Ludwig-Maximilian de Munich.

Le corps humain étant conçu pour vivre le jour, et dormir la nuit -car nous sommes des êtres vivants diurnes- selon un rythme de 24h, chaque organisme a une horloge interne. Par conséquent, l’horloge peut varier considérablement en fonction de chaque individu. « C’est comme les pieds, dit Roenneberg, certaines personnes sont nées avec de grands pieds et d’autres avec de petits pieds, mais la plupart des gens ont des pieds de taille moyenne. »

Selon Roenneberg le problème résulte de la négligence des rythmes circadiens par les chefs d’entreprise, surtout quand leurs employés passent plus de temps à l’extérieur exposés à la lumière que dans l’ombre sécurisé d’une chambre à coucher.

La plupart des entreprises commencent la journée de travail à 8 heures ou 9 heures du matin. Ils mettent ainsi leurs horaires de travail en contradiction avec l’horloge interne de leurs employés. Ce décalage, avec la pression d’être toujours productif et disponible pour répondre à un courriel ou prendre des appels à toute heure du jour et de la nuit, explique pourquoi beaucoup de gens souffrent de trouble du rythme circadien. En d’autres termes, leurs corps sont toujours dans le mauvais fuseau horaire.

Le professeur Roenneberg estime que plus de 70% des travailleurs se lèvent plus tôt qu’ils ne le devraient, « si l’objectif est d’être bien reposé et faire de leur mieux au travail ».

La force de l’habitude

Le décalage entre les horloges internes des travailleurs et le calendrier qu’ils ont à suivre pour obtenir une reconnaissance ou récompense sociale commence à l’adolescence, a déclaré Paul Kelley Professeur au « Circadian Neuroscience Institute » au Royaume-Uni. Kelley a dit que les troubles du rythme circadien commencent autour de la puberté, au moment où les gens atteignent le niveau secondaire ou l’école secondaire.

Les adolescents se lèvent, en moyenne, trois heures plus tôt qu’ils ne le devraient, car certaines écoles commencent les cours dès 07h30. Le résultat: une privation de sommeil chronique, qui fait mal à leur capacité à se concentrer et pourrait, à plus long terme, conduire à des problèmes de santé graves, comme l’obésité et le diabète.

Compte tenu de la dégradation généralisée et cumulée de l’horloge biologique interne, les spécialistes du sommeil préconisent que la journée de travail commence à 10h. « Il n’est pas rationnel de commencer la journée de travail à 8h du matin », dit de Professeur Kelley. Mais cette idée va à l’encontre des stéréotypes et normes établis dans le monde du travail, où les premiers arrivants sont considérés comme les plus diligents et consciencieux, tandis que ceux qui arrivent une ou deux heures plus tard sont considérés comme des fainéants.

« Les rythmes circadiens sont contrôlés par la biologie, et non par les habitudes », rétorque le Professeur Kelley. La préférence pour les lève-tôt est l’une des raisons pour lesquelles la flexibilité du temps de travail a du mal à s’imposer. En effet, les personnes qui choisissent de venir tôt au travail sont souvent perçues comme les meilleurs travailleurs et reçoivent les grades les plus élevées – même si elles travaillent le même nombre d’heures que les autres. Cette conception biaisée empêche « l’idéal concordance entre le temps du travail et le processus circadien du travaileur », a-t-il expliqué.

La qualité du sommeil

En axant ses recherches sur le chronotypes (un terme qui décrit un lève-tôt ou un couche-tard), Roenneberg a mené des expériences dans une usine automobile et une usine sidérurgique basées en Allemagne. Il a constaté que les travailleurs qui ont ajusté leurs horaires de travail à leurs horloges biologiques individuels ont été plus productifs, plus sains et moins fatigués, à la fois au travail et hors du travail.

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