52 ans d’«Amour suprême»
Publication : 21 février, 2017 > par Sidney Usher | Catégorie(s) : Croyances, Culture | Commentaire(s) (2 commentaires)

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Il y plus de cinquante ans, en février 1965, paraissait «A Love Supreme», l’œuvre de l’un des musiciens les plus influents de l’art contemporain, John Coltrane. Plus que de la musique, il s’agit d’une ode à Dieu, car « Dieu est l’Amour suprême»*. Ce vaste recueillement (de 33 minutes divisé en quatre mouvements) n’a été interprété entièrement en concert par  le quartet légendaire de John Coltrane qu’une fois au festival d’Antibes, le 26 juillet 1965. Tournant copernicien de l’Histoire de la Musique, «A Love Supreme» n’est pourtant pas l’œuvre la plus aboutie de son auteur. Cependant, cet album demeure l’un des plus grands succès commercial du genre, avec plus d’un million d’exemplaires vendus dans le monde. Le magazine Rollins Stone l’a intégré parmi les 50 plus grandes œuvres musicales de tous les temps.

Genèse

Dans un documentaire sonore diffusé par  la BBC, à l’occasion de la célébration de ce cinquantième anniversaire, le saxophoniste britannique Courtney Pine a raconté de la façon dont « A Love Supreme »  a «parlé à toutes les générations, chacune y découvrant davantage de choses».

Le pianiste McCoy Tyner, qui faisait partie du quartet de Coltrane aux côtés du contrebassiste Jimmy Garrison et du batteur Elvin Jones lors du fameux enregistrement du 09 décembre 1964 à Englewood Cliffs, dans le New Jersey, a raconté: «Je l’écoutais (John Coltrane) jouer quelque chose, ou Elvin ou Jimmy, et je répondais. Le jazz est un sport d’équipe, comme le basketball. Certaines personnes peuvent dunker, mais vous devez être capable de passer la balle à vos partenaire.»

Le célèbre ingénieur du son, Rudy Van Gelder, le propriétaire du studio où s’est déroulé l’enregistrement, a souligné la dimension religieuse du lieu comme de l’album: «Quand j’étais en train de construire ce nouveau studio, le voisinage n’avait aucune idée de quel type de structure il s’agissait. Au bout d’un moment, tout le monde s’est imaginé qu’il s’agissait d’une église. […] Son apparence et son atmosphère étaient ceux d’une église. Rétrospectivement, quand je me rends compte de la direction que prenait sa musique, je réalise qu’elle avait un aspect sacré qui collait parfaitement avec l’atmosphère du nouveau studio.»

«Allah Supreme»

Cette dimension religieuse est d’ailleurs au cœur d’une chronique publiée sur al-Jazeera par l’universitaire Hisham Aidi sous le titre «Coltrane disait-il « Allah Supreme »?»: «L’analyse habituelle est que, en 1964, Coltrane s’était éloigné de son éducation méthodiste pour adopter une vision « pan-religieuse » marquée par un intérêt particulier pour le mysticisme oriental.»

Le saxophoniste Yusef Lateef (19 octobre 1920 – 23 décembre 2013), musulman pratiquant tout comme la dernière épouse de Coltrane, a noté que la prière écrite pour Psalm, le dernier mouvement du recueillement, se rapproche de « al-Fatiha », la sourate d’ouverture du Coran.

D’autres observateurs ont pointé que le mantra «A Love Supreme», récité dans le premier mouvement, « Acknowledgement », pouvait s’entendre comme «Allah Supreme».

Renaissance

L’écho du saxophone de « A Love Supreme » ne cesse de se faire entendre aujourd’hui, chez les musiciens comme chez les mélomanes: «Je connais des gens qui ont conçu leurs enfants au son de « A Love Supreme ». Je connais des gens qui ont écrit leur thèse de doctorat au son de « A Love Supreme ». Je connais des gens qui marquent les étapes les plus importantes de leur vie au son de « A Love Supreme», a expliqué le professeur et jazzman pratiquant, Leonard Brown.

Parmi les nombreux musiciens qui ont tenté –en vain- de recréer la magie du disque sur scène on peut citer le fils de Coltrane, Ravi, né huit mois après l’enregistrement de A Love Supreme. «Pour nous, c’est de la musique sacrée», a-t-il expliqué à Newsweek. Le saxophoniste Joe Lovano qui participé à la courageuse reprise en public a expliqué qu’ils avaient été tellement intimidés par la puissance de l’album qu’ils n’avaient même pas osé répéter les mots de la prière récité sur l’album original.  Lors du quarantième anniversaire, Branford Marsalis avait, lui, osé la récitation. Performance réussie, mais loin d’être aussi sacrée, spirituelle et mystique. Décidément, plus de cinquante années après, « A love Supreme » reste un mystère.

Un amour suprême.
Je ferai tout ce que je peux pour être digne de Toi, O Seigneur.
C’est tout ce qui importe.
MERCI MON DIEU.
Paix.
Il n’y a rien d’autre.
Dieu existe.
C’est si beau.
MERCI MON DIEU.
Dieu est tout.
Aide-nous à surmonter nos peurs et nos faiblesses.
En Toi tout est possible.
MERCI MON DIEU.
Dieu nous a ainsi faits.
Levez les yeux vers Dieu.
Dieu existe.
Il a toujours existé.
Il existera toujours.
Quoi qu’il arrive…
C’est Dieu.
Il est bon et miséricordieux.
Il est essentiel pour moi de Te connaître.
J. COLTRANE décembre 1964

Notis©2015

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