UN MONDE SANS DICTATURE (?)
Publication : 2 juillet, 2015 > par Sidney Usher | Catégorie(s) : Droit humanitaire, Politique | Commentaire(s) (Un commentaire)

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«Freedom House», estime que les deux tiers environ des citoyens du monde, soit deux milliards de personnes, vivent sous une dictature. Cette organisation de promotion de la démocratie dans le monde affirme que 106 dictatures ou quasi-dictatures règnent encore aujourd’hui, ce qui représente 54% des nations du monde.

Les livres d’histoire disent que les dictatures ont broyé des millions de vies humaines : au moins 49 millions de russes morts assassinés, sous Joseph Staline, plus de 3 millions de cambodgiens massacrés par le régime de Pol Pot, près de 30 millions de chiliens, victimes de la dictature d’Augusto Pinochet …. Devant une telle statistique macabre, on ne peut qu’exiger l’éradication totale de la dictature sur la terre. Mais la vraie question est celle-ci : pourquoi les dictateurs prospèrent encore?

Définition académique

dictatordeathPour l’homme de la rue, la dictature est une perception, une notion subjective et péjorative. Pour les universitaires, il s’agit d’un concept parfaitement quantifiable et donc objectif. Les experts ès dictature en donne une définition simple: «l’absence d’alternance au sein du pouvoir exécutif ». Cela signifie que les dictatures se construisent généralement autour d’un individu qui créé un culte de la personnalité avec le soutien d’un parti unique et/ou une oligarchie militaire.

Contrairement aux monarques, qui sont issus d’un très petit groupe de personnes – habituellement une famille royale -, les dictateurs proviennent d’une portion plus large de la population. Mais leur légitimité est très faible, car ils dépendent et comptent sur relativement peu de gens pour se maintenir au pouvoir.

La dictature implique un certain degré de terreur d’Etat, mais selon les chercheurs, elle s’accompagne presque toujours de collusions, en particulier l’appropriation des fonds publics par une clique de copains du dictateur. Dans cette configuration du pouvoir, un dictateur qui veut rester au sommet de la pyramide ne fonctionne pas au nom et pour le compte du plus grand nombre, mais pour lui-même et le bénéfice de la poignée de gens sur laquelle il compte pour se maintenir au pouvoir.

Le mauvais comportement des dictateurs n’est donc pas une pathologie inhérente au peuple, ou le produit de la malchance d’être gouverné par un psychopathe. Les peuples ont les dirigeants qu’ils méritent ! C’est la structure du pouvoir politique qui induit les comportements nocifs au bien être de la majorité.

Facteurs étiologiques

Les facteurs qui favorisent la dictature n’ont pas beaucoup changé au cours des siècles. Les premiers régimes connus, dans la Rome classique, se sont établis dans « l’urgence ». Jules César a eu les pleins pouvoirs pour aider la société à faire face à une crise, après quoi ce pouvoir aurait dû être restitué aux représentants du peuple. Mais la crise résolue, Jules César est resté le maitre absolu. Beaucoup de dictatures modernes et récentes – ceux d’Adolf Hitler et Benito Mussolini, par exemple – ont également été mis en place dans une période de turbulence. La dictature est donc liée à la crise. C’est parce que la violence a baissé à travers l’histoire, que le nombre de dictatures à travers le monde, surtout depuis les années 1970, a diminué.

Globalement les dictatures sont rares aujourd’hui comparativement au passé. Il est difficile aujourd’hui de justifier l’existence d’une dictature, en partie parce que l’ensemble du globe est dans l’œil des médias. Par conséquent, on est en droit de penser que les quelques dictatures, considérées comme telles par les médias occidentaux, ont peu de jours devant elles. En effet, personne ne peut dire qu’un pouvoir répressif est une solution aux problèmes économiques. Les bailleurs de fonds se montrent impatients face aux jeunes États qui s’enfoncent dans la spirale d’une crise économique interne. Ils suscitent des coups d’État militaires censés remettre ces pays dans une direction plus positive pour le bien-être des citoyens.

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Cependant, il y a encore des dictatures qui ne présentent aucun signe de fissuration. Il s’agit de régimes qui ont perfectionné l’art de la dictature. Par exemple, certains gouvernements du Moyen-Orient et en Afrique sont devenus des dictatures durables, parce qu’ils ont à leur disposition des ressources naturelles suffisamment riches pour tenir contre vents et marrées.

En Afrique, des ressources comme les diamants, le pétrole et les minéraux sont certes des sources de l’instabilité du continent, mais certains gouvernements, qui se moquent du pluralisme démocratique et du bien-être de leurs citoyens, s’en servent pour corrompre, y compris les institutions internationales. Dans le Moyen-Orient, la communauté internationale ne se préoccupe guère de savoir si tel ou tel régime est démocratique ; ce qui compte à ses yeux se résume en un seul mot : « stabilité ».

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