UN SYSTÈME A BOUT DE SOUFFLE
Publication : 23 juin, 2015 > par Mary Mazur | Catégorie(s) : Droit humanitaire, Politique | Commentaire(s) (4 commentaires)

Pages : 1 2

Les nombreuses crises de ces cinq dernières années, ont mis en évidence les failles du système d’aide international. Ayant plié pendant longtemps, ce système est sur le point de rompre. Des acteurs de l’action humanitaire, dont Antonio Guterres, ont lancé en chœur : «nous avons aujourd’hui dépassé ce point de rupture (…). Avec la persistance des conflits, la multiplication des catastrophes environnementales et l’incapacité des États à assumer les services publics élémentaires, ce sont des millions de personnes qui se trouvent piégées dans les barbelées d’une crise sans fin. »*
Le raz-de-marée de misère
Depuis 2013, le HCR n’a jamais eu à traiter autant de misère humaine depuis sa création, le 14 décembre 1950. Près de 55 millions de personnes auraient été arrachées de leurs maisons du fait de conflits et persécutions. Sur le terrain, ces chiffres sont beaucoup plus élevés. En effet, chaque année qui passe, apporte un lot plus important de gens condamnés à un exil prolongé.

lire aussi: L’afflux des « déracinés »

Aujourd’hui, les urgences humanitaires sont débordées. A ce rythme, le monde deviendra un endroit où il sera de plus en plus difficile de vivre, surtout pour des millions de personnes qui ont déjà presque tout perdu.

Dans les pays voisins de la Syrie, la situation des réfugiés a pris une dimension au-delà du concevable. Les communautés d’accueil et les services publics sont à genoux face à un afflux incessant de gens. Plus d’un quart de la population du Liban – un petit pays, en proie à ses propres difficultés internes – est maintenant syrien. En Jordanie et en Turquie, les populations locales sont dans une ruine financière, d’autant que les loyers et les prix montent en flèche alors le chômage bat son plein.

aidéracinés
Un système dépassé
Alors, comment briser ce cercle vicieux? Le défi est multiple. Tout d’abord, selon les acteurs sur le terrain, il faut commencer par admettre l’échec de la politique du petit bras et traiter le problème de l’aide internationale avec une plus grande échelle de valeurs et de moyens.

Le système d’aide humanitaire actuel est construit sur un concept de « l’intervention en cas de catastrophe ». Des services extérieurs offrent un coup de main temporaire, jusqu’à ce que les gens reprennent le contrôle de leur propre vie. Mais à travers le monde, des millions de personnes sont piégées dans des crises quasi-permanentes. Avec chaque année qui passe, ils s’enfoncent de plus en plus dans le désespoir et ont de moins en moins de chances de s’en sortir. Comme les populations continuent d’augmenter, et le climat continue de se détériorer, et comme les gens affluent en nombre toujours croissant dans les grandes villes sous-développés, la menace des crises insolubles est devenue une réalité.
L’architecture de l’aide construit après la Seconde Guerre mondiale n’est plus adaptée. Dans le cas des réfugiés, par exemple, la situation est très préoccupante. Alors que les crises se multiplient partout dans le monde, certains pays se barricadent derrière de nouvelles barrières, faisant du droit d’asile une vue d’esprit. Il est devenu difficile, voire impossible, de chercher refuge par les voies légales. Des personnes les plus désespérées doivent mettre leur vie entre les mains de passeurs sans scrupules. Le nombre de personnes voyageant dans des bateaux dangereusement surchargés, à travers la Méditerranée, l’océan Indien ou le golfe d’Aden a énormément augmenté. Plus de 5000 (sans doute le double) sont mortes au premier semestre 2015.

aidonsea

Une nouvelle architecture de l’aide internationale qui allie soutien aux réfugiés et aux communautés qui les accueillent est nécessaire. Les voisins des pays en guerre sont invités à assumer une part croissante de la charge de la crise. Près de neuf réfugiés sur dix vivent dans les pays en développement – contre 70% il ya une décennie. L’aide au développement devrait également être mis à la disposition des pays aux prises à l’afflux massif de réfugiés – même si, comme dans le cas du Liban et de la Jordanie, ils sont considérés comme des pays à revenu intermédiaire

Un nouveau modèle 

L’actuel système humanitaire multilatéral est construit sur trois principaux piliers. Les organismes d’aide, les populations hôtes et les donateurs. En fin de compte, dans un tel système, ce sont les contribuables qui paient la facture et les communautés d’accueil qui paient les pots cassés. Ce n’est plus suffisant.

Dans un monde marqué par des resserrements du budget public et la privatisation de la richesse, les chefs d’entreprise doivent également devenir une partie intégrante de la chaîne humanitaire. Les classes moyennes et les communautés d’accueil sont incapables, à elles seules, de supporter toute cette masse de désespoir. Il faut donc inciter le secteur privé à augmenter sa participation, tant en termes d’actions sur le terrain qu’en termes de soutien financier.

Pages : 1 2


Étiquettes : , , , , ,