LE MARIAGE DES ENFANTS EST TOUJOURS D’ACTUALITE
Publication : 21 mai, 2015 > par Mary Mazur | Catégorie(s) : Droit humanitaire | Commentaire(s) (Un commentaire)

Selon l’ONG «Filles pas épouses», qui regroupe 450 organisations de la société civile de 70 pays, plus de 15 millions fillettes à travers le monde vivraient dans un mariage non consenti. Le Fonds des Nations unies pour l’enfance (Unicef), à l’occasion du «Girl Summit 2014 » qui s’est tenu à Londres en juillet 2014, avait fait une révélation encore plus dramatique, affirmant que plus de 250 millions de femmes dans le monde ont été mariées alors qu’elles étaient enfants. Selon les derniers chiffres de l’organisation onusienne, 700 millions de femmes ont été victimes de mariage forcé, et plus d’une sur trois l’a été alors qu’elle n’avait pas 15 ans.

Intervenant dans le cadre d’un colloque tenu du 19 au 21 mai 2015 à Casablanca (Maroc), la directrice exécutive de «Girls not brides», Lakshmi Sundaram, a prévenu que « si rien n’est fait, d’ici 2050, ce sont 1,2 milliard de filles qui seront mariées de force».

Les failles du système

Le représentant de la Coalition des organisations nigériennes des droits de l’Enfant (CONIDE), partie prenante du colloque de Casablanca, a mis sur la table les principaux facteurs du fléau dans son pays, où  244 000 filles sont mariées avant 18 ans, soit trois sur quatre: «la pauvreté et l’ignorance (la non scolarisation des filles)». Comme solution, il a préconisé la communication : «la sensibilisation des communautés est un préalable. Quand on parle de mariage d’enfant, c’est une décision prise entre un père et une mère» et aussi «par la communauté, laquelle craint souvent de laisser la fille partir dans un environnement qui n’est pas « sécurisé » et peut être source, par exemple, de grossesse non désirée» a-t-il expliqué.

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Présente au Maroc, une Indienne de 38 ans, figure de la lutte contre le diktat de la communauté, dans un pays qui enregistre 40 % des mariages d’enfants dans le monde, a témoigné : «J’ai vu la violence subie par ma mère mariée de force et je ne voulais pas emprunter cette voie. J’ai voulu briser les chaînes». Battue par des proches, elle n’a pas baissé les bras et considère qu’«il est de (sa) responsabilité d’aider les filles vulnérables». En un quart de siècle, l’Inde «change doucement», a-t-elle ajouté.

Les efforts internationaux

Rappelons que selon l’article 16 de la Déclaration Universelle des Droits de L’Homme, le mariage forcé est une atteinte aux droits humains fondamentaux, notamment à la liberté et à l’intégrité physique. Toute personne a le droit de choisir son époux ou son épouse. Conformément à cette disposition, le code civil de nombreux pays prévoit que si l’un des deux époux a été contraint, le mariage peut être annulé. Cette nullité est automatique pour les mineures.

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L’Assemblée générale de l’ONU a pour la première fois, au mois de novembre 2014, adoptée une résolution appelant les gouvernements à interdire les mariages des enfants. L’Union africaine, de son côté, a lancé une campagne sur deux ans pour «mettre fin au mariage des enfants», pendant que plusieurs gouvernements d’Asie du Sud «ont adopté un plan d’action régional pour agir conjointement».

Les résistances

Mais, contrairement aux idées reçues, le phénomène du mariage forcé n’est pas toujours l’apanage des pays en développement, notamment, car de telles coutumes restent répandues dans les communautés d’immigrés. En effet, il est de notoriété publique et constante que la pratique persiste au sein de communautés maliennes, marocaines… en Espagne, en France… «Il y a toujours le mariage avec la Fatiha (simple lecture d’une sourate du Coran, NDLR), qui n’est pas enregistré», a reconnu un avocat marocain venu apporter sa pierre de touche au colloque de Casablanca. « Au Maroc même, a-t-il ajouté, le mariage des mineures reste une préoccupation. Si le code de la famille adopté en 2004 l’interdit, un juge garde la possibilité d’y déroger. En 2013, plus de 35 000 cas ont été enregistrés, contre 18 000 dix ans plus tôt. Les députés planchent depuis des mois sur les moyens d’y remédier, mais peinent à trouver un terrain d’entente.

Notis©2015


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