Les dessous de la confiance
Publication : 9 mars, 2015 > par Mary Mazur | Catégorie(s) : R.H. | Commentaire(s) (Un commentaire)

Faute d’informations précises et complètes sur les aléas des activités économiques, les relations au sein des organisations (hiérarchie-salariés) et entre les organisations (client-fournisseur) sont soumises à un « aléa moral ». Autrement dit, le donneur d’ordre n’est jamais sûr que son partenaire ne va pas nuire à ses intérêts (parce qu’il lui cache une information décisive, parce qu’il ne travaille pas aussi bien qu’il le devrait, etc.). La confiance permet de pallier ces difficultés. Par conséquent, une entreprise ne peut assurément pas fonctionner sans être liée avec ses salariés ou ses partenaires commerciaux par des liens de confiance.

Calcul réciproque

Toute la difficulté est de savoir comment peut s’instaurer la bienveillance réciproque –pari sur l’avenir- qui caractérise la confiance.

Une première hypothèse revient à considérer que la confiance peut émerger d’un calcul. C’est implicitement ce que suppose Adam Smith lorsqu’il suggère que l’intérêt bien compris de chaque individu est de veiller à celui de ses partenaires. Ce raisonnement atteint cependant vite ses limites, puisqu’il est des situations, bien identifiées par la théorie des jeux, dans lesquelles l’intérêt individuel conduit à faire le contraire de ce qui se révèle mutuellement avantageux.

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Cependant, une prévisibilité des comportements peut émerger lorsqu’un tel jeu est joué de manière répétée (1). Dès lors que les joueurs adoptent une stratégie de réciprocité (je coopère si tu coopères, je fais défection si tu fais défection), ils parviennent à coopérer de manière durable.

Contrat de travail

C’est cette stratégie de réciprocité qui fonde la confiance entre deux personnes liées par un contrat de travail (2). La fiabilité d’un salarié résulte au départ, aux yeux de son employeur, d’une perception quant à ses compétences, sa loyauté et son respect de principes jugés comme acceptables. Cette perception va cependant devoir être mise à l’épreuve. L’employeur devra prendre le risque de l’embauche. Si les attentes de l’employeur sont satisfaites, il sera prêt à assumer un risque plus grand et laisser plus de latitude à son employé. Ainsi peut s’enclencher un cercle vertueux de fiabilité et de confiance. Cette dernière se construit donc dans les interactions entre les participants.

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Il convient cependant de garder en mémoire que la confiance ne peut se fonder entièrement ni sur le calcul, ni sur la régularité des comportements. Elle se fonde, voire, s’«encastre» dans un contexte institutionnel et culturel beaucoup plus large. Certains contextes sociopolitiques (la démocratie, l’égalité sociale) favorisent plus que d’autres le développement de relations de confiance.

Notis©2015 

(1) Robert Axelrod, The Evolution of Cooperation, Basic Books, 1984.
(2) Roger C. Mayer, James H. Davis et David Schoorman, « An integrative model of organizational trust », Academy of Management Review, vol. XX, n° 3, 1995.
Sources : Confiance et défiance dans les organisations par Roland Reitter et Bernard Ramanantsoa, Économica, 2012.


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