Pourquoi marcher ?
Publication : 11 janvier, 2015 > par Mary Mazur | Catégorie(s) : Politique | Commentaire(s) (Pas de commentaire)

Euphorie ? Inspiration ? Pourquoi le simple fait de mettre un pied devant l’autre procure-t-il des sensations aussi puissantes ? C’est d’abord le caractère désintéressé et marginal de la démarche, une «activité non rentable» s’opposant aux valeurs des sociétés contemporaines. Marcher équivaut à s’extraire tout à la fois de l’agitation du monde et de l’immobilisme. Ce moment de solitude hors du monde est un moment rare pour les hommes actifs et trop pressés d’aujourd’hui. Grâce à la marche les hommes se maintiennent en mouvement et, paradoxalement, c’est quand ils avancent que le temps s’arrête.

La sagesse

La marche crée une sorte d’osmose avec la nature qui agit sur le corps et sur la pensée. Pendant la marche on devient à la fois végétal, minéral et animal. Il ne faudrait pourtant pas oublier l’effort que s’inflige le marcheur, la brûlure des ampoules, les douleurs quand le chemin se prolonge, parfois parce que l’on s’est perdu… Mais qu’il s’agisse de gravir un sommet, ou d’atteindre un lieu que l’on s’est fixé pour l’hébergement du soir, la récompense est au rendez-vous dans un sentiment de «plénitude de se sentir exister».

Si marcher vide la tête, débarrasse des pensées parasites occasionnées par les soucis du quotidien, l’esprit se remplit d’une autre consistance. Au-delà d’un loisir simple et harmonieux, la marche devient alors une sorte de méditation, une forme de sagesse : « Seules les pensées que l’on a en marchant valent quelque chose », affirmait Nietzsche.

Préconisée par les médecins et les plans de santé publique, la marche possède en outre des vertus qui répondent aux injonctions des sociétés modernes : écologique (pas d’émissions de CO2), économique (peu de matériel), elle s’inscrit dans un tourisme vert qui a le vent en poupe.

La résistance

Pour arracher l’indépendance de l’Inde aux Britanniques, le mahatma Gandhi, apôtre de la non-­violence, accompagné de quelques dizaines de partisans, entama, en mars 1930, la marche du sel. Un parcours de près de 400 kilomètres pour rejoindre l’océan Indien et recueillir quelques pincées de sel dans ses mains : geste symbolique qui invitait les Indiens à boycotter le monopole du colon britannique sur la vente du sel.

Les marches militantes pour les droits de l’homme, contre tous les racismes et les injustices se sont multipliées au XXe siècle, de Washington, en 1963, où Martin Luther King prononça son fameux « I have a dream », la marche des beurs en 1983, première manifestation de ce type en France qui sera suivie de la marche contre le terrorisme du 11 janvier 2015. Cette dernière marche se transforma en rassemblement d’ampleur sans  précédent.

La créativité

Des chercheurs ont constaté un réel effet de la mise en mouvement sur l’imaginaire. Les êtres humains sont plus créatifs lorsqu’ils se baladent. C’est vrai pour une promenade à l’extérieur, mais également pour le déplacement sur un tapis roulant à l’intérieur face à un mur blanc. Ce ne sont donc pas uniquement les stimulations sensorielles naturelles qui produisent cet effet, mais bien l’exercice physique en lui-même. L’effet persiste même quelque temps après, lorsque les personnes se sont de nouveau assises.

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Les raisons de ces bienfaits de la marche sur notre imaginaire restent néanmoins obscures. Les auteurs évoquent les possibles bénéfices d’une activité qui libère l’esprit et probablement améliore l’humeur. Le fait de marcher stimulerait notamment la mémoire associative, celle qui fait des liens entre différents éléments. En se relaxant, des idées inhibées s’exprimeraient ainsi plus librement, d’où une meilleure réactivité.

Notis©2015

Crédits photos

Sources: • « The positive effect of walking on creative thinking » par Marily Oppezzo & Daniel Schwartz, Journal of Experimental Psychology. Memory and cognition, avril 2014. • Marcher, une philosophie Frédéric Gros, Carnets Nord, 2009.
• Petite philosophie du marcheur Christophe Lamoure, Milan, 2007.


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