La normalisation des relations Etats-Unis-Cuba
Publication : 18 décembre, 2014 > par Sidney Usher | Catégorie(s) : Politique | Commentaire(s) (Un commentaire)

Le 17 décembre 2014 marque la fin de plus de 50 années «du froid» entre les Etats-Unis et Cuba. Après une communication téléphonique de 45 minutes entre les présidents Obama et Raúl Castro qui a finalisé la libération d’un citoyen américain, les choses se sont en effet accélérées. Les deux présidents ont annoncé simultanément à leurs concitoyens la confirmation de l’inversion surprenante d’une politique d’isolation de Cuba qui, finalement, s’est avérée inefficace et infructueuse. Ce réchauffement diplomatique historique a été aussitôt béni par le Pape François dont le rôle de « facilitateur » a été salué par les deux Présidents.

Une approche dépassée

«Nous mettrons fin à une approche dépassée qui a échoué, pendant des décennies, à promouvoir nos intérêts et nous allons plutôt commencer à normaliser les relations entre nos deux pays», a déclaré le président américain lors d’une allocution télévisée à la Maison-Blanche.

«L’isolement [de Cuba] n’a pas fonctionné», a-t-il ajouté en insistant sur la nécessité d’abandonner «une politique rigide liée à des événements qui se sont produits avant la naissance de la majorité d’entre nous».

Au même moment, à La Havane, Raul Castro a salué la décision de son homologue américain, estimant qu’elle méritait «le respect et la reconnaissance de [son] peuple».

«Cela ne veut pas dire que la question principale a été réglée», a-t-il ajouté au cours d’une allocution télévisée. «L’embargo, qui a causé tant de souffrances humaines et économiques à notre peuple, doit être levé.»

Des négociations secrètes

Le rapprochement entre les États-Unis et Cuba est l’aboutissement de négociations secrètes qui se sont déroulées de juin 2013 à novembre dernier au Canada. L’accord final a été conclu au Vatican. Selon un haut responsable américain, le pape François a joué un rôle clé dans cette percée diplomatique, lançant des appels personnels aux deux présidents.

Le sceau papal ne suffira cependant pas à diminuer l’intensité des critiques américaines à l’égard du rapprochement entre les deux pays. À peine Barack Obama venait-il de terminer son allocution que le sénateur républicain de la Floride Marco Rubio entamait une conférence de presse pour dénoncer «un recul terrible pour les espoirs de tous les peuples opprimés de la terre».

«La Maison-Blanche a tout concédé, mais obtenu peu de choses», a déclaré ce fils d’exilés cubains qui songe à briguer la présidence en 2016.

«Ce Congrès ne lèvera pas l’embargo», a-t-il ajouté.

Le sénateur démocrate du New Jersey Bob Menendez a également réagi avec hostilité à l’annonce des présidents Obama et Castro. Selon lui, le rapprochement entre Washington et La Havane «cautionne le comportement brutal du gouvernement cubain».

Mais le sénateur démocrate du Vermont, Pat Leahy, s’est porté à la défense de Barack Obama, enjoignant à ses collègues de ne pas «s’accrocher à une politique qui a échoué». «Le temps du changement est venu», a-t-il dit.

«Ouvrir la porte à Cuba pour le commerce, les voyages et l’échange d’idées va conduire à des changements positifs à Cuba, que notre politique d’exclusion n’a pas réussi à produire depuis plus de 50 ans», a indiqué de son côté le sénateur démocrate de l’Illinois Richard Durbin.

Le réchauffement économique

En attendant la levée incertaine de l’embargo, l’allègement des sanctions économiques signifie notamment que les Américains pourront désormais utiliser leurs cartes de crédit à Cuba. Les banques américaines pourront de leur côté ouvrir des comptes dans les institutions financières cubaines pour faciliter les transactions. Et les voyageurs américains pourront rapporter jusqu’à une valeur de 100 dollars de ces Cohiba, Robaina ou Monte Cristo dont raffolent les vrais amateurs de cigare.

Le rapprochement entre les deux pays donnera également lieu à l’ouverture prochaine d’une ambassade américaine à La Havane et au retrait de Cuba de la liste américaine des pays soutenant le terrorisme.

«Les Américains souhaitent tendre la main de l’amitié aux Cubains et ne veulent pas jouer le rôle de colonisateur», a déclaré Barack Obama, qui aura l’occasion de serrer de nouveau la pince à Raul Castro à l’occasion du prochain Sommet des Amériques, à Panama.

«Todos somos americanos [Nous sommes tous américains]», a ajouté le président américain.


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