LE COURAGE DES PETITS EXPLOITANTS AGRICOLES
Publication : 19 octobre, 2014 > par Mary Mazur | Catégorie(s) : Droit humanitaire, Economie, Environnement | Commentaire(s) (Pas de commentaire)

Selon les dernières estimations de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), contenues dans l’étude intitulée, «L’État de l’insécurité alimentaire dans le monde», la faim tue une personne toutes les 4 secondes. En dépit des progrès dans la lutte contre le fléau, environ 805 millions de personnes demeurent dans une situation de sous-alimentation chronique. Dans cette lutte continue pour la faim dans le monde, il s’avère que les petites exploitations agricoles détiennent la clé de la survie de millions de personnes.

Développement rural

L’on est en droit de regretter que les problèmes des petites fermes n’aient pas été pris en compte par la FAO (Food and Agriculture Organization) lors de la 41ème session du Comité de la sécurité alimentaire (CSA). En effet, les petites exploitations agricoles représentent la première forme agricole dans le monde, avec près de 500 millions de tonne d’exploitations. L’agriculture familiale produit maintenant plus de 80% de l’offre mondiale.

«Les exploitations familiales sont l’une des clés de la sécurité alimentaire et du développement rural durable», a déclaré l’Organisation pour l’alimentation et l’agriculture des Nations Unies dans un communiqué en date du jeudi 16 octobre 2014, marquant la journée mondiale de l’alimentation.

Après avoir été pendant longtemps mis en sommeil, le soutien à l’agriculture à petite échelle devrait être une priorité pour la communauté internationale, surtout dans les pays du Sud où la lutte contre la faim est d’une actualité cruelle. Ce soutien est d’autant plus urgent que les exploitations familiales sont fortement touchées par l’insécurité alimentaire. Selon la FAO, des 805 millions de personnes souffrant de la faim dans le monde, 70% sont des petits producteurs agricoles.

« Le soutien public à l’innovation doit prendre en compte le contexte et la structure particulière de l’agriculture familiale dans chaque pays», a dit l’organisation des Nations Unies dans son rapport, ajoutant que la grande majorité des exploitations agricoles dans le monde sont des petites ou très petites organisations qui souffrent de bas revenus.

Investissements dérisoires

Dans les pays les moins avancés, plus de 95% des exploitants agricoles travaillent sur moins de 5 hectares. Pourtant, pendant ces trois décennies, les investissements agricoles ont favorisé les grands secteurs de l’agro-industrie, au détriment des infrastructures nécessaires au développement et renforcement de l’agriculture familiale.

Pour garantir les droits fonciers, en 2003, les Etats africains se sont engagés à accroître les investissements dans le secteur agricole avec l’objectif d’y affecter 10% de leur budget. « Si des pays, comme le Ghana, Côte-d’Ivoire et le Burkina Faso ont dépassé cet objectif, l’investissement public agricole, dans son ensemble, ne dépasse pas 5%», a dit Ouédraogo, représentant d’une ONG basée à Ouagadougou (Burkina Faso).

La priorité d’aider les petits agriculteurs à sortir de la pauvreté passe par plusieurs actions: *développer des infrastructures pour améliorer l’accès aux marchés local ;

*promouvoir l’accès aux intrants pour accroître les rendements ;

*clarifier le droits fonciers concernant les relations entre utilisateurs et propriétaires des terres agricoles ;

*diversification des recherches agricoles mieux adaptées aux conditions locales ;

*et promouvoir des pratiques agricoles pour atténuer les effets des conditions météorologiques.

Investissements responsables

Le 15 octobre 2014, le CSA a adopté, «les principes d’investissement agricoles responsables », après deux ans de négociations. «Indispensable pour améliorer la sécurité alimentaire, l’investissement responsable contribue de manière significative à renforcer les moyens de subsistance durables, en particulier pour les petits agriculteurs et les membres des groupes marginalisés et vulnérables. »

Mais les principes énoncés ont de nombreuses lacunes. En particulier, le texte ne reconnaît pas le principe du consentement libre, préalable et éclairé des peuples autochtones touchés par l’investissement agricole. De ce fait, le phénomène d’accaparement des terres ne s’arrêtera pas aujourd’hui. Le pire de tout, ce texte ne donne pas la priorité à l’investissement public nécessaire pour renforcer l’agriculture familiale et les pratiques agro-écologiques, a dénoncé Clara Jamart, responsable des questions de sécurité alimentaire chez Oxfam (action contre la faim dans le monde).

Notis©2014

Illustration : José Mourinho à Yamoussoukro (Photo de Thierry Gouegnon)


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