Le spectre de la robotisation
Publication : 27 octobre, 2014 > par Sidney Usher | Catégorie(s) : Droit humanitaire, R.H. | Commentaire(s) (3 commentaires)

En réponse à une question posée par les étudiants du célèbre «Massachusetts Institute of Technology» (l’Institut de Technologie du Massachusetts), Elon Musk, inventeur, investisseur et brasseur d’affaires, a dit: « l’intelligence artificielle représente le démon. Dans l’histoire, des gens ont pensé qu’il pouvait maitriser le démon avec de l’eau bénite. Ça n’a pas marché ! ». Fondateur et membre principal de la direction de plusieurs groupes de pointe comme SpaceX et SolarCity, Monsieur Musk a mis en garde contre la robotisation qui, selon lui, pourrait avoir des conséquences plus dangereuses que les armes nucléaires. Cette prévision pessimiste a été confirmée par un rapport du cabinet Roland Berger.

Le scénario de «Real Humans»

Le constat décrit par le rapport du cabinet Roland Berger est édifiant : Les robots censés alléger la charge de travail vont détruire des emplois. En effet, avec 20% de tâches automatisés d’ici à 2025, les robots jetteraient dans la rue des dizaines de millions de salariés dans le monde (dont 3 millions en France). Agriculture, bâtiment, industrie, hôtellerie, administration publique, comme l’armée et la police, hôtellerie, services aux entreprises et aux particuliers… Tous les secteurs perdraient des emplois, sauf l’éducation, la santé et la culture.

Le principe de la « destruction créatrice » qui veut qu’une innovation supprime des emplois obsolètes pour en créer des nouveaux en plus grande quantité est ici obsolète ; puisque, selon le cabinet Roland Berger, seulement 500 000 postes seraient créés en France dans les domaines d’avenir: environnement, nouvelles technologies ou relation client.

La mort des classes moyennes ?

Pour Hakim El Karoui, associé au cabinet Roland Berger, qui a piloté l’étude, « la robotisation pourrait être aux cols blancs ce que la mondialisation fut aux cols bleus. Elle va toucher les classes moyennes, y compris les classes moyennes supérieures, souligne-t-il. C’est-à-dire certaines professions intellectuelles, dont on va pouvoir automatiser certaines tâches, comme les comptables, les juristes, les journalistes… La machine saura faire sans l’homme à très court terme. »

Avec des conséquences en cascade sur l’économie mondiale. Les robots assurant désormais les tâches des humains, des gains de productivité seront très favorables aux entreprises de haute pointe. Mais la population, soumise à une inactivité forcée, avec plus de temps libre pour les loisirs et donc moins de travail, en pâtira certainement. Cette situation engendrera « une énorme déflagration économique », l’accroissement des inégalités et finalement une explosion sociale.

Les nouveaux défis

Le numérique crée peu de croissance – c’est la surprise de la décennie – et peu d’emplois. Le système fiscal n’est pas adapté pour prélever une partie de la richesse engendrée ; l’effet de redistribution est donc très limité. C’est une industrie très inégalitaire, même si tout le monde peut se lancer en partant de zéro. Par exemple, l’application américaine de messagerie WhatsApp, qui pèse 19 milliards de dollars et emploie seulement 55 salariés… devenus millionnaires à coup de stock-options!

Les défis posés par l’expansion de l’intelligence artificielle par la robotisation de l’économie sont donc immenses. D’autant que la classe moyenne des services représente le cœur du mouvement. Si rien n’est fait rapidement, la défiance envers les élites va encore augmenter, avec des impacts politiques graves.

Malheureusement, il n’y a aucun débat politique sur le sujet, alors qu’il faudrait anticiper, qualifier, dire la vérité… Il faut créer un électrochoc dans l’opinion dès maintenant, expliqué qu’un grand nombre de métiers seront potentiellement touchés. Lorsqu’un élu perdra une entreprise du tertiaire, dans sa ville, à cause des robots, il réagira peut-être. Mais ce sera trop tard.

Notis©2014


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