Ebola: une épidémie «largement sous-évaluée», selon l’OMS
Publication : 15 août, 2014 > par Sidney Usher | Catégorie(s) : Santé | Commentaire(s) (Pas de commentaire)

L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) estime que des  «mesures extraordinaires» étaient nécessaires pour contenir l’expansion du virus Ebola qui, depuis le mois de février, a tué 1069 personnes. L’ampleur de l’épidémie est encore «largement sous-évaluée», au vu du manque de «personnel présent dans les zones d’épidémie, le nombre de cas (1975) rapportés et le nombre de morts » s’est alarmée l’OMS dans un communiqué publié le 14 août 2014.

Coordination internationale

Le même jour, le président américain Barack Obama s’est entretenu avec ses homologues libérienne Ellen Johnson Sirleaf et sierra-léonais Ernest Bai Koroma pour les assurer de l’engagement des États-Unis, soulignant le rôle des experts des Centres américains de contrôle et de prévention des maladies (CDC) envoyés dans leurs pays pour aider les autorités sanitaires. Au même moment, le département d’État américain annonçait l’évacuation «par précaution» des familles de son personnel diplomatique à Freetown.

«Nous devons encore briser la chaîne de transmission entre contaminés et non contaminés», a reconnu le responsable des services médicaux sierra-léonais, le Dr Brima Kargbo lors d’une réunion au Parlement. «Maîtriser une maladie de la gravité d’Ebola nécessite une équipe spécialisée de cliniciens et d’infirmières dont le pays ne dispose pas. Pour le moment, nous ne pouvons compter que sur l’ONG Médecins Sans Frontières (MSF), également active au Liberia et en Guinée», a-t-il souligné. Les services de santé sierra-léonais ont affirmé que 32 infirmières avaient succombé à Ebola, soit près de 10% des cas mortels. La ministre de la Santé Miatta Kargbo a par ailleurs annoncé l’envoi par l’Afrique du Sud d’un laboratoire mobile, attendu vendredi, qui «sera installé dans la capitale pour analyser des échantillons sanguins à la fois de l’Ouest et du Nord», autour de Freetown.

Le Liberia voisin, qui a reçu la veille des doses d’un sérum expérimental américain prometteur pour traiter deux médecins contaminés, le ZMapp, a commencé des travaux d’extension de l’unique centre de traitement de sa capitale, Monrovia, aux capacités largement dépassées.

Réaction tardive

Malgré la multiplication de mesures de plus en plus draconiennes, l’épidémie continue à progresser rapidement dans la capitale du Liberia, où l’état d’urgence a été proclamé le 6 août, cinq jours après la Sierra Leone.

En Guinée, d’où est partie l’épidémie au début de l’année, le président Alpha Condé a décrété mercredi soir «l’urgence sanitaire nationale». Parmi les mesures prises figure la mise en place d’un «cordon sanitaire tenu par les agents de santé et les services de sécurité et de défense à tous les postes frontaliers d’entrée». Elles prévoient également des restrictions de mouvements, l’interdiction de transférer des corps d’une localité à une autre, des prélèvements et l’hospitalisation systématique «pour tous les cas suspects» jusqu’au résultat des analyses.

À Conakry, un transporteur routier, Alfa Baldé, a déploré «une réaction du gouvernement très tardive», soulignant que «si le monde entier souffre aujourd’hui de cette épidémie c’est à cause de la Guinée».

Le Nigeria, géant économique et démographique du continent, a enregistré un quatrième mort jeudi à Lagos, ville la plus peuplée d’Afrique subsaharienne, et redoutait une contamination à Enugu, dans l’Est, par une infirmière infectée.

Coût financier

Selon une étude publiée par l’agence de notation américaine Moody’s, «l’épidémie risque d’avoir un impact financier direct sur les budgets des gouvernements via une augmentation des dépenses de santé».

Lire aussi : le personnel médical n’est pas épargné

Une première évaluation des institutions financières internationales table sur un point en moins pour la Guinée à 3,5%, rappelle l’étude. Le Liberia anticipe une croissance inférieure aux 5,9% prévus tandis qu’en Sierra Leone, «le taux de croissance record de 16% en 2013» est hors de portée.

Au Nigeria, premier producteur pétrolier du continent, les activités d’extraction n’ont pas été significativement affectées, mais risquent de l’être si les compagnies pétrolières évacuent leur personnel expatrié, indique Moody’s.

Notis©2014


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