Les droits de l’homme au bas de l’échelle du sommet US-Africa
Publication : 4 août, 2014 > par Sidney Usher | Catégorie(s) : Droit humanitaire | Commentaire(s) (Pas de commentaire)

Le 04 août 2014 les Etats-Unis accueillent à Washington le Sommet qui regroupe près de 50 dirigeants africains. Au menu, sont prévus des discussions importantes sur la sécurité et le développement. Sur ce dernier point, un accent particulier sera mis sur les investissements en Afrique. La Maison Blanche a convoqué les chefs d’Etat et gouvernements africains pour des «offres prometteuses» en matière d’investissement. Lors du pré-sommet, le secrétaire d’Etat aux affaires extérieur, John F. Kerry, a réitéré aux jeunes leaders africains que leur continent occupe la septième place des économies les plus dynamiques du monde.

Les libertés piétinées

Cependant, l’Afrique abrite au moins 16 pays où la détérioration des droits humains a été particulièrement marquée ces dix dernières années. Trois de ces pays – Érythrée, le Soudan et le Zimbabwe – n’ont pas été invités au sommet parce qu’ils n’étaient pas en règle avec les valeurs (ou intérêts) des États-Unis. Mais, dans un souci « intégrationniste », l’administration Obama a invité au moins 13 autres hommes forts qui pourtant piétinent les libertés élémentaires de leurs concitoyens.

Président de la Guinée équatoriale, Teodoro Obiang Nguema, sera probablement présents. Le plus ancien dirigeant non monarque du monde aurait emprisonné et torturé des opposants politiques, y compris un homme d’affaires italien du nom de Roberto Berardi qui devait témoigner aux Etats-Unis à propos des actes de corruption commis par le fils de M. Obiang. Monsieur Berardi a été «sévèrement battu et fouetté par les gardes républicaines de la Guinée équatoriale, après avoir été tenue en isolement pendant une longue période », a rapporté Human Rights Watch.

Le président ougandais Yoweri Museveni est un autre participant probable au sommet Etats-Unis-Afrique. Certes, sa loi anti-gay a été annulée le 1er août 2014 par les juges constitutionnels de son pays, mais M. Yoweri Museveni applique encore ses dispositions d’ordre public pour bâillonner la presse et emprisonner ses adversaires politiques. La police de M. Museveni continue de tuer de pauvres citoyens, en toute impunité.

Les conversations salonnardes

L’invitation de dirigeants africains -au passé et présent lourds- aurait été compréhensible – et peut-être productive – si les droits de l’homme avaient été placés au cœur de l’ordre du jour. Aucun dirigeant africain ne refuserait une invitation à la Maison Blanche, même si c’est pour parler de l’état des droits de l’homme dans son pays. Malheureusement, dans le programme présenté par le service du protocole de Washington, le sujet est totalement mis à l’écart et ne sera probablement pas abordé durant les trois jours du sommet.

Il ne fait aucun doute qu’un choix diplomatique délibérée été fait afin de passer les droits fondamentaux sous silence. La Maison Blanche fait savoir que la question des droits de l’homme va se tisser autour de certaines discussions, en particulier dans le cadre du Forum de la société civile et la session des dirigeants consacrée à la gouvernance. Mais comme tous les sujets inconfortables, les droits de l’homme seront probablement évoqués en arrière-plan. En revanche, les questions plus agréables comme « l’innovation civique » et la gestion des « menaces transnationales » seront sur les lèvres et sous les projecteurs.

L’abandon

Ce sommet sera probablement une occasion manquée de faire progresser le respect des droits de l’homme sur tout le continent Africain. L’occasion était pourtant belle pour les États-Unis de briser le cycle de répression dans lequel certains pays africains sont plongés.

Pointer du doigt les violations des libertés fondamentales (liberté d’expression, l’égalité, la légalité…), c’est aussi aborder l’un des défis de la croissance économique soutenue. Comme l’a dit le président Obama au Parlement ghanéen, en 2009: «les gouvernements qui respectent la volonté de leur propre peuple, qui gouvernent par le consentement et non par la coercition, sont plus prospères, plus stables et plus efficaces. » Un discours qui est apparemment tombé dans les oubliettes et rangé dans les archives de la Maison blanche.

Notis©2014


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