La précarité de l’emploi dans les pays en développement
Publication : 30 juillet, 2014 > par Mary Mazur | Catégorie(s) : R.H. | Commentaire(s) (2 commentaires)

En Asie du Sud et en Afrique subsaharienne, plus de trois travailleurs sur quatre occupent des emplois précaires. Plus de la moitié des travailleurs de ces pays (c’est-à-dire près d’un milliard et demi de personnes) occupe un emploi vulnérable. C’est-à-dire qu’ils ne disposent pas d’un contrat de travail formel, ne sont pas couverts par la sécurité sociale et ne perçoivent  pas de revenus réguliers et suffisants. Cette précarité a pour effet de limiter leurs perspectives d’épanouissement – pas seulement pour eux-même mais aussi pour les générations à venir.

Le chômage des jeunes

Au cours des cinq prochaines années, environ 213 millions de personnes devraient arriver sur le marché du travail – 200 millions rien que dans les pays en développement. Cela soulève la question du chômage des jeunes. Actuellement, le taux de chômage des jeunes dépasse déjà les 12% dans les pays en développement — plus de trois fois le taux de chômage des adultes. A l’échelle régionale, les taux les plus élevés de chômage des jeunes sont relevés au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, où près d’un jeune sur trois en âge de travailler est incapable de trouver un emploi. Les jeunes femmes en particulier se battent pour trouver du travail dans ces régions, avec des taux de chômage qui avoisinent les 45%.

Mais, le défi de l’emploi des jeunes est aussi qualitatif. En effet, le niveau d’éducation s’améliore rapidement dans la plupart des pays en développement, cependant qu’un décalage grandissant s’opère entre les compétences acquises à l’école et la nature des emplois disponibles. La pénurie d’emplois de qualité est un facteur d’émigration déterminant, en particulier chez les jeunes diplômés des pays en développement. L’écart de salaire entre les pays d’origine et les pays d’accueil est généralement de 1 à 10. En 2013, plus de 230 millions de personnes vivaient dans un pays différent de leur pays de naissance – une hausse de 57 millions par rapport à l’an 2000 – l’Asie du Sud représentant près de la moitié de cette hausse.

Pour relever les défis de l’emploi dans les pays en développement, les experts suggèrent la mise en œuvre de trois mesures essentielles

La diversification

Le développement passe par une stratégie qui permet de diversifier l’activité économique et d’accroître la capacité des entreprises durables à créer des emplois de qualité. Si le secteur manufacturé est habituellement associé à une croissance économique rapide et à la création d’emplois de qualité, il faut aussi prendre exemple sur des expériences réussies qui se sont appuyés sur le développement agricole et rural.

Les contraintes liées aux ressources naturelles et les limites environnementales auxquelles sont confrontés tous les pays peuvent être tournées à leur avantage par les économies qui saisissent l’occasion d’un «saut technologique». A cet égard, l’économie verte offre de nouvelles perspectives aux pays en développement qui sont moins confrontés à la nécessité d’adaptation que les économies avancées, aux structures de production anciennes, à forte intensité de carbone.

 Les politiques de diversification économique, les mesures destinées à faciliter le développement des entreprises, et le respect des normes du travail peuvent contribuer à un développement plus global et à la promotion du travail décent.

Le renforcement des institutions du marché du travail

Il n’est pas possible de parvenir à une diversification économique sans prendre de mesures actives pour combattre la faible productivité dans l’agriculture et les petites et moyennes entreprises, la médiocrité des conditions de travail et le fort taux d’informalité.

La force et la pérennité de la croissance sont menacées par le creusement des inégalités sociales et par le développement incontrôlé des comportements des propriétaires des moyens de production.

Les mécanismes de détermination des salaires et les réglementations du travail doivent être soigneusement conçus et une grande attention accordée aux capacités de mise en oeuvre.  La revalorisation des salaires minimaux pour lutter contre la pauvreté au travail et les inégalités, tout en favorisant la participation au marché du travail, est aussi à encourager.

La protection sociale

Il est clairement établi que la protection sociale contribue à réduire l’incidence de la pauvreté, des inégalités et de l’emploi vulnérable. Une protection sociale adéquate améliore les capacités individuelles d’accéder à de meilleurs emplois. Par exemple, la Bolsa Família au Brésil, la Loi nationale Mahatma Gandhi sur la garantie de l’emploi rural en Inde et des programmes similaires au Cap Vert ont réussi à apporter un complément de revenus aux ménages, permettant aux familles d’investir dans des activités productives, ainsi que d’améliorer leur santé et les résultats scolaires de leurs enfants.

Il est indispensable d’instaurer un mode de financement efficace pour la protection sociale. La source de financement ne doit pas être seulement que salariale.  En Bolivie, par exemple, la création d’une taxe sur les exportations de gaz et de pétrole a été primordiale pour garantir un financement durable du régime non contributif des pensions de vieillesse.

Enfin, il convient d’associer la protection sociale à un jeu de politiques qui promeuvent un environnement propice à la création d’entreprises et d’emplois. Cela passe par la simplification des procédures administratives pour les travailleurs indépendants en vue de faciliter l’entreprenariat formel.

Notis©2014

Sources: World of Work Report 2014: Developing with jobs (ILO)


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